Crise des hommes en Algérie : de la formule historique de Boumediène à la déliquescence des foyers et de l’identité sexuelle
Dans un discours qui résonne encore dans les ruelles d’Alger, le défunt président Houari Boumédiène lançait cette formule restée célèbre : « Nous n’avons aucune crise en Algérie, la seule crise que nous connaissons est celle des hommes. » Des décennies plus tard, cette « crise des hommes » n’a pas disparu ; elle s’est métamorphosée, s’enracinant au cœur même de la cellule familiale algérienne et révélant les secrets les plus sombres de l’alcôve conjugale.
Des milieux associatifs et droits-de-l’hommistes font circuler des chiffres qui glacent le sang. Les statistiques officielles de l’Office national des statistiques (ONS) et du ministère de la Justice, rendues publiques ces dernières années, confirment une explosion des affaires de khol’ (divorce par consentement ou répudiation) devant les tribunaux du pays.
Selon les données les plus récentes, l’année 2023 a enregistré 93 402 divorces pour 278 664 mariages, soit un taux record de 33,5 %. Si les registres judiciaires invoquent souvent des motifs pudiques – « incompatibilité d’humeur » ou « difficultés matérielles » –, les coulisses des cabinets d’avocats d’Alger, d’Oran ou de Constantine dévoilent une réalité plus crue : l’impuissance sexuelle masculine et l’infidélité conjugale menacent plus de 80 % des foyers dans de nombreuses régions. Cette « crise intime » transforme la trahison des épouses avec des visiteurs, des étrangers ou des ressortissants africains en une bombe à retardement silencieuse, accélérant le démantèlement familial et le métissage des générations futures.
Les sociologues algériens y voient bien plus qu’un simple dysfonctionnement organique. Le chômage massif, la crise du logement chronique, la malnutrition, le stress permanent, l’addiction croissante aux stupéfiants et à l’alcool, ainsi que la course effrénée vers les salons de beauté masculins ont sapé la vigueur physique et psychologique des hommes du pays. Ce décalage saisissant entre l’image virile que ces mêmes hommes projettent en défendant avec férocité la cause palestinienne sur les réseaux sociaux et la réalité conjugale qu’ils subissent – épouses frustrées, impuissance chronique, attirances refoulées – alimente un malaise profond.
Dans ce contexte, la question de l’homosexualité sort progressivement de l’ombre. Des témoignages et des publications sur les plateformes numériques montrent une visibilité accrue, parfois tolérée ou protégée en haut lieu. Les observateurs arabes et africains voisins s’inquiètent ouvertement pour leurs communautés installées en Algérie : la prostitution masculine bon marché, voire gratuite dans certains milieux, fragilise leurs ressortissants. Pendant que certains intellectuels appellent au silence et à la pudeur pour « protéger nos fils et nos filles », d’autres y voient le fruit inéluctable de la crise de la masculinité traditionnelle. Une crise héritée, selon eux, d’une longue histoire de soumission face aux envahisseurs ottomans, perpétuée par des siècles de domination et d’humiliation collective.
Revenons à la célèbre formule de Boumédiène. Aujourd’hui, l’Algérie ne souffre plus d’une pénurie d’hommes en nombre, mais d’une crise de leur qualité et de leur rôle dans la société. Derrière les murs des appartements d’Alger, d’Annaba ou de Tlemcen, des relations homosexuelles clandestines coexistent avec une confusion identitaire touchant les deux sexes. Les générations montantes se retrouvent ainsi projetées dans une sorte de « troisième genre », symbole d’une décomposition morale et sociale que beaucoup qualifient d’« infection nationale ».
Cette dérive, loin d’être une simple affaire privée, interroge l’avenir même du tissu social algérien. La « crise des hommes » dénoncée par Boumédiène n’est plus seulement politique ou économique : elle est devenue existentielle, intime, et menace de redessiner les contours d’une nation qui, jadis, se voulait farouchement virile. Le temps des constats est révolu ; celui des remèdes semble encore lointain.
