Rapport : Ainsi les généraux ont-ils transformé la femme algérienne en machine à sexe

Rapport : Ainsi les généraux ont-ils transformé la femme algérienne en machine à sexe

Dans un contexte où les discours officiels algériens se gargarisent de slogans ronflants sur l’émancipation et la protection de la femme, la réalité dessine un tableau bien plus sombre et cynique. Les promesses répétées de parité, réaffirmées par le président Abdelmadjid Tebboune lui-même à l’occasion de la Journée internationale des femmes en mars 2025 et 2026, évoquant l’héritage de Fatma N’Soumer et Djamila Bouhired, contrastent violemment avec une instrumentalisation systématique des Algériennes, réduites à des outils politiques, économiques et touristiques au service d’un régime militaire fragilisé.

Le pouvoir, parfaitement conscient du poids démographique des femmes, les mobilise de manière massive et méthodique lors des scrutins présidentiels. Lors de l’élection du 7 septembre 2024, Abdelmadjid Tebboune a été déclaré réélu avec plus de 94 % des voix, un score qui a immédiatement provoqué un scandale inédit : les trois candidats en lice, y compris le président sortant lui-même, ont dénoncé conjointement des « incohérences majeures » et des contradictions flagrantes dans les résultats annoncés par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). Des observateurs ont parlé d’une fraude « amateur » mais évidente, avec un taux de participation gonflé artificiellement en quelques heures, transformant le scrutin en mascarade. Dans ce théâtre démocratique de façade, les femmes – célibataires, mariées, veuves, issues de tous les milieux et de toutes les conditions sociales – sont poussées vers les urnes non par une réelle conviction civique, mais par la précarité, la pauvreté, parfois la manipulation émotionnelle ou le manque affectif. Elles servent ainsi de « décor démocratique » destiné à légitimer le candidat des généraux auprès de la communauté internationale, tandis que leurs droits concrets restent lettre morte, prisonniers des tiroirs administratifs ou des alcôves du pouvoir.

Loin des caméras politiques, le secteur touristique révèle une autre face, plus crue, de cette exploitation. Au lieu de promouvoir les paysages naturels et les infrastructures du pays, certains acteurs semblent privilégier une offre de services sexuels bon marché et diversifiée. Des localités balnéaires comme Tichy, dans la wilaya de Béjaïa, sont devenues tristement emblématiques de ce tourisme sexuel : opérations policières y démantèlent régulièrement des réseaux de prostitution mêlés au trafic de stupéfiants, avec des centaines de femmes impliquées selon des témoignages et enquêtes locales. Bien que la prostitution soit interdite par le Code pénal algérien, des phénomènes persistants de maisons closes clandestines ou tolérées gangrènent plusieurs régions côtières et urbaines, comme Alger, Oran ou Annaba. Le régime est accusé de tirer profit indirectement de cette économie parallèle, transformant le corps des femmes en produit d’appel pour attirer des devises étrangères dans un contexte de dépendance chronique aux hydrocarbures en déclin.

Le drame ne s’arrête pas aux frontières nationales. Des flux récurrents de femmes algériennes – et parfois d’hommes vulnérables « ananich » – partent vers les pays du Golfe, l’Europe et certaines nations africaines. Cette migration n’est souvent pas motivée par des études ou un travail digne, mais par des formes d’exploitation sexuelle transfrontalière dont les transferts d’argent contribueraient, selon les critiques les plus acerbes, à renflouer les réserves de devises d’un État dont l’économie vacille.

Le président Tebboune, parfois raillé dans les discours d’opposition comme un dirigeant complaisant, est accusé de fermer les yeux sur cette réalité par son silence et ses politiques implicites. Le système militaire, dominé par les cercles du pouvoir au palais d’El Mouradia, serait ainsi complice d’une forme de proxénétisme d’État, préférant les pétrodollars et les riyals du Golfe à la dignité et à la réputation nationales.

Cette instrumentalisation reflète une crise structurelle profonde : l’échec du modèle économique rentier fondé sur les hydrocarbures, l’absence d’alternatives démocratiques crédibles, et une précarité sociale aggravée. Lorsque le travail décent et la participation politique réelle font défaut, le corps devient, pour beaucoup, la dernière « monnaie d’échange » accessible. Les discours officiels sur l’empowerment des femmes sonnent particulièrement creux face à ces réalités : la représentation féminine au Parlement a connu une régression spectaculaire après l’assouplissement puis la suppression effective des quotas contraignants, passant d’environ 30 % à moins de 8 % des sièges dans l’Assemblée populaire nationale. Les associations de défense des droits des femmes, comme le CIDDEF ou SOS Femmes en détresse, alertent régulièrement sur les violences persistantes et le fossé béant entre les textes législatifs et leur application sur le terrain.

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