L’ancien président bulgare Rumen Radev, grand favori des élections anticipées
SOFIA – La Bulgarie s’apprête à organiser, ce week-end, ses huitièmes élections législatives en seulement cinq ans. Cette fois, beaucoup espèrent que le scrutin mettra enfin un terme à l’instabilité politique chronique qui mine le pays depuis 2021.
Ancien général de l’armée de l’air, Rumen Radev a démissionné de la présidence en début d’année après neuf ans à la tête de l’État. Il a quitté ses fonctions pour se présenter aux élections à la tête de la nouvelle coalition de centre-gauche « Bulgarie progressiste », dont il est le leader incontesté.
Selon les sondages, cette coalition recueille environ 30 % des intentions de vote et arrive en tête. Radev, critique virulent de certaines politiques de l’Union européenne, s’est donné pour mission de « débarrasser le pays de son modèle de gouvernance oligarchique ». Il avait ouvertement soutenu les grandes manifestations anticorruption de fin 2025 qui ont entraîné la chute du gouvernement conservateur.
Ces élections anticipées font suite à une longue période de crise. Fin 2019, déjà, la démission d’un gouvernement conservateur après d’importantes manifestations contre la corruption avait ouvert un cycle d’instabilité. Depuis 2021, aucun gouvernement n’a réussi à se maintenir plus d’un an dans ce pays de 6,5 millions d’habitants, le plus pauvre de l’Union européenne, pourtant membre de l’UE et de l’OTAN. La Bulgarie a rejoint la zone euro le 1er janvier dernier, mais reste fragilisée par une corruption endémique.
Eurosceptique et favorable à un rapprochement avec Moscou, Radev appelle à la restauration des relations avec la Russie, malgré l’invasion de l’Ukraine. Il estime qu’il est impossible de « bâtir une sécurité durable sur la seule confrontation ». Il a critiqué la politique d’envoi d’armes à Kiev ainsi que l’accord de défense de dix ans signé avec l’Ukraine par le gouvernement intérimaire. L’année dernière, il avait même réclamé un référendum sur l’adoption de l’euro, jugeant le pays pas encore prêt. Il a également dénoncé le Pacte vert européen, qu’il considère comme « naïf dans un monde sans règles ».
Sa coalition « Bulgarie progressiste » séduit particulièrement les électeurs eurosceptiques, les sympathisants pro-russes, ainsi que les jeunes des petites villes et des villages, explique Boryana Dimitrova, de l’institut de sondage Alpha Research.
Son principal rival reste le parti conservateur GERB, crédité d’un peu plus de 20 % des intentions de vote. Proche de Bruxelles, le GERB soutient l’Ukraine et promeut l’adhésion de la Bulgarie à l’initiative du Conseil de la paix du président américain Donald Trump.
Boryana Dimitrova estime que Radev pourrait bénéficier d’une forte participation électorale, après la faible mobilisation des scrutins précédents. S’il obtient plus de 100 sièges sur les 240 que compte le Parlement, il pourrait former un gouvernement minoritaire ou une coalition sans trop de compromis, garantissant ainsi une certaine stabilité « pour un certain temps ».
