L’Iran a exécuté au moins 1 639 personnes en 2025, le retour des chiffres les plus sombres depuis la Révolution

L’Iran a exécuté au moins 1 639 personnes en 2025, le retour des chiffres les plus sombres depuis la Révolution

Selon un rapport conjoint publié le 13 avril 2026 par deux organisations non gouvernementales de défense des droits humains — Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, et Ensemble contre la peine de mort (ECPM), basée à Paris — les autorités iraniennes ont procédé à au moins 1 639 exécutions au cours de l’année 2025. Ce chiffre représente un record macabre, le plus élevé enregistré depuis 1989, dans les premières années suivant la Révolution islamique de 1979.

Ce bilan marque une augmentation spectaculaire de 68 % par rapport à 2024, année durant laquelle 975 personnes avaient été mises à mort. En moyenne, cela équivaut à plus de quatre exécutions par jour tout au long de l’année. Parmi les victimes figurent au moins 48 femmes qui ont été pendues. Les organisations soulignent que ce nombre constitue un minimum confirmé, car de nombreuses exécutions ne sont pas annoncées officiellement par les autorités iraniennes et restent difficiles à documenter de manière exhaustive. Elles exigent deux sources indépendantes fiables pour chaque cas répertorié.

Les experts des deux ONG décrivent la peine de mort comme un instrument politique d’oppression et de répression systématique. Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur d’IHR, explique que les autorités ont délibérément accéléré le rythme des exécutions — parfois jusqu’à quatre ou cinq par jour — afin de semer la peur au sein de la population et de dissuader toute nouvelle vague de contestation.

Une grande partie des exécutions concerne des affaires liées au trafic de drogue, un motif fréquemment invoqué par le régime pour justifier la peine capitale. Cependant, les organisations de défense des droits humains dénoncent des procès inéquitables, des aveux extorqués sous la torture et l’absence de garanties judiciaires minimales. Les minorités ethniques (notamment les Baloutches et les Kurdes) ainsi que les migrants (en particulier afghans) sont surreprésentés parmi les condamnés.

En parallèle, le rapport met en lumière l’utilisation croissante de la peine de mort contre des prisonniers politiques et des manifestants. Des centaines de personnes arrêtées lors des protestations de janvier 2025 (ainsi que celles liées aux soulèvements précédents, comme celui de « Femme, Vie, Liberté » en 2022) restent sous le coup de condamnations à mort ou risquent d’être exécutées pour des chefs d’accusation tels que « moharebeh » (inimitié envers Dieu) ou « baghi » (rébellion armée), des qualifications souvent utilisées pour criminaliser la dissidence.

Ce pic historique intervient dans un contexte particulièrement tendu. L’année 2025 a été marquée par des manifestations internes et par un conflit armé direct avec Israël et les États-Unis, qui a exacerbé les fractures au sein de la société iranienne. Les ONG craignent que les autorités n’intensifient encore davantage le recours aux exécutions pour consolider leur pouvoir et intimider l’opposition, y compris en visant des détenus accusés d’espionnage ou de collaboration avec l’ennemi.

Raphaël Chenuil-Hazan, directeur exécutif d’ECPM, a déclaré que « la peine de mort en Iran n’est pas seulement une sanction pénale, mais un outil politique de terreur d’État ». Les deux organisations appellent la communauté internationale, et en particulier les pays occidentaux, à placer l’abolition de la peine de mort et la question des droits humains au cœur de toute négociation future avec Téhéran.

Depuis de nombreuses années, l’Iran figure parmi les pays qui appliquent le plus la peine de mort au monde, derrière la Chine (pour laquelle les chiffres précis restent opaques). Amnesty International avait déjà alerté, dès septembre 2025, sur le franchissement du cap des 1 000 exécutions en moins de neuf mois, qualifiant cette campagne de « massacre de masse » dans les prisons iraniennes.

Les défenseurs des droits humains rappellent que de nombreuses exécutions concernent des personnes condamnées pour des infractions qui ne répondent pas aux critères internationaux de « crimes les plus graves » (seuls les homicides intentionnels avec circonstances aggravantes devraient, selon les normes onusiennes, pouvoir justifier la peine de mort).

Face à ce bilan effroyable, les ONG exhortent les gouvernements, l’Union européenne et les Nations unies à renforcer les pressions diplomatiques, à imposer des sanctions ciblées contre les responsables des exécutions et à conditionner tout dialogue avec l’Iran à des progrès concrets en matière de droits humains.

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