Sous la coupole du Parlement algérien : un maquillage électoral qui resserre l’étau des généraux
À Alger, sous la coupole du Conseil du peuple national, le spectacle s’est répété comme une pièce usée jusqu’à la corde, que le peuple algérien connaît par cœur et ne supporte plus. Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, s’est levé pour présenter ce qu’il a qualifié de « réformes profondes ». Derrière les formules ronflantes d’« égalité de représentation » et de « transparence électorale », les observateurs ne s’y trompent pas : il s’agit d’une opération de cosmétique législative dont le but réel est de rééquilibrer les rapports de force au profit des centres de pouvoir traditionnels et de verrouiller, cette fois par la force de la loi, l’emprise du régime des généraux sur tous les leviers de l’État.
Le projet de loi fixant les circonscriptions électorales et le nombre de sièges parlementaires, exposé devant les députés en présence d’Ibrahim Boughali, président de l’Assemblée populaire nationale, et de la ministre des Relations avec le Parlement, Nadjiba Djilali, n’a rien d’une simple mesure technique de redistribution. C’est une véritable architecture d’un autoritarisme « soft ». Le redécoupage de la carte électorale intervient à un moment particulièrement sensible, non pour rapprocher l’administration du citoyen, mais pour fragmenter les blocs de vote gênants et fabriquer des circonscriptions verrouillées où ne pourront émerger que des figures de carton-pâte, simples figurants dans un Parlement sans crocs ni conscience.
Ce que le pouvoir des généraux appelle « stabilité intérieure », le peuple le perçoit comme une opération de blindage d’une oligarchie qui refuse de quitter la scène. En faisant passer ces textes, les bras profonds de l’État obtiennent un blanc-seing juridique pour contrôler l’ensemble du processus politique de A à Z. Le temps du bourrage d’urnes dans l’obscurité est révolu. Sous Abdelmadjid Tebboune, la fraude se fabrique désormais dans des salons clos, à travers des articles de loi taillés sur mesure, qui transforment toute concurrence réelle en suicide politique et en assassinat silencieux.
Ils ne falsifient plus seulement les bulletins, ils falsifient l’histoire et les faits. Ils veulent nous faire croire que les chaînes qui nous enserrent le cou sont des colliers de jasmin. Pendant que le ministre vante l’équité représentative, la voix du citoyen ordinaire, écrasé par la vie chère, la chute vertigineuse du pouvoir d’achat, la faim, la soif et la maladie, reste totalement absente du décor.
L’obsession pour le nombre de sièges et leur répartition géographique n’est qu’une diversion grossière destinée à détourner le regard de la vraie crise : la crise de légitimité. Celle-ci ne se règle ni en ajoutant un fauteuil ici ni en supprimant une circonscription là. La présence protocolaire des députés dans les hémicycles ne conférera jamais de légitimité à un texte que beaucoup considèrent comme une tentative de légaliser la poigne de fer.
Le peuple algérien, trompé pendant des décennies par les combines du système et les plans des généraux, sait parfaitement que la sincérité des élections ne commence pas dans les urnes, mais dans la sincérité des intentions politiques. Or, cette sincérité est la grande absente de cette comédie burlesque. Ce qui se joue aujourd’hui n’est rien d’autre qu’un pied de nez aux naïfs, une manière de contourner les véritables revendications de changement.
Le régime des généraux déploie aujourd’hui toute la puissance de son arsenal législatif pour imposer une nouvelle réalité qui garantit la permanence de l’oligarchie dans l’ombre, tirant toujours les ficelles pendant que les institutions élues se contentent d’un rôle de façade décorative. La seule question qui vaille reste posée : jusqu’à quand ces lois fabriquées de toutes pièces pourront-elles résister à la volonté d’un peuple qui refuse de se laisser mordre deux fois par le même serpent ?
