En Algérie, la manne gazière s’envole, la détresse sociale explose

En Algérie, la manne gazière s’envole, la détresse sociale explose

Les revenus des hydrocarbures battent des records. Portés par la flambée mondiale de l’énergie et les retombées indirectes des tensions géopolitiques impliquant l’Iran, l’or noir et le gaz coulent à flots dans les caisses étatiques. Pourtant, le quotidien de millions de foyers algériens s’enfonce dans une misère profonde. Ce contraste saisissant entre l’opulence financière de l’État et la dégradation brutale du niveau de vie nourrit un sentiment généralisé de dépossession. Dans ce pays pourtant gâté par la nature, de nombreuses familles luttent simplement pour leur survie, abandonnées par un système économique étouffé par la mauvaise gestion et le manque de transparence.
Le bilan chiffré traduit d’ailleurs l’ampleur du fossé social. Ainsi plus de 4,5 millions d’habitants se débattent sous le seuil d’extrême pauvreté et près de 6 millions de personnes naviguent en permanence sur le fil de la vulnérabilité économique.
Derrière la sécheresse de ces données se cache une réalité sociale violente. Dans certaines périphéries et zones d’ombre délaissées par la puissance publique, des citoyens en sont réduits à fouiller les décharges pour trouver de quoi subsister.
Face à ce constat alarmant, l’Association nationale de lutte contre la cherté de la vie et la corruption a récemment interpellé les décideurs. Le collectif pointe directement du doigt des choix économiques qui aggravent la fracture territoriale au lieu de la réduire. Selon les observateurs de terrain, plus de 80 % des populations les plus précaires sont concentrées dans des zones rurales enclavées, totalement dépourvues d’infrastructures de base et d’accès aux soins.
La colère populaire peine de plus en plus à être contenue. Depuis plusieurs mois, des mobilisations sporadiques éclatent pour réclamer une redistribution équitable des richesses et des conditions de vie dignes. En face, la réponse institutionnelle s’enferme souvent dans une logique de fermeture et de promesses sans lendemain, une approche sécuritaire qui tend à crisper davantage la population.
La contestation, portée en première ligne par une jeunesse sans perspectives d’emploi, exige des réformes structurelles profondes et une véritable lutte contre les passe-droits. Mais les priorités budgétaires interrogent. De larges pans de la société civile dénoncent l’orientation des dépenses publiques vers des achats d’armement massifs ou des arbitrages extérieurs contestés, au détriment d’investissements massifs dans les hôpitaux ou les écoles.
Le paradoxe algérien reste entier. Le pays projette l’image d’un géant énergétique puissant sur la scène internationale, alors que son économie domestique tourne au ralenti. L’appareil d’État, au lieu de jouer son rôle d’ascenseur social et de moteur de croissance, cristallise aujourd’hui l’essentiel des frustrations populaires.

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