L’Algérie entre souveraineté de papier et héritage colonial : quand les Pieds-noirs assiègent El Mouradia

L’Algérie entre souveraineté de papier et héritage colonial : quand les Pieds-noirs assiègent El Mouradia

Dans une scène tragique rappelant les déplacements forcés de la Décennie noire, des familles se sont réveillées cette semaine sous le fouet de l’expulsion. Ce n’est pas le fait de catastrophes naturelles, mais la conséquence de jugements froids accordant aux descendants des Pieds-noirs le droit de récupérer des biens immobiliers occupés par ces citoyens depuis des décennies. Il ne s’agit pas d’une simple crise du logement, mais d’un coup de poignard dans le flanc de la souveraineté nationale, soulevant une question brûlante : quel est l’intérêt de l’indépendance si des accords signés il y a soixante ans derrière des portes closes ont encore le pouvoir de jeter nos citoyens à la rue ?
Le comble de l’absurde ne s’arrête pas au délogement de familles simples ayant passé leur vie à restaurer et protéger ces vieux murs ; il s’attaque au symbole même de la prétendue souveraineté. Comment est-il concevable que les revendications juridiques des descendants des colons atteignent le bâtiment du ministère de la Défense lui-même ? Quelle humiliation de voir des institutions souveraines, supposées protectrices de la terre et de l’honneur, tomber sous le coup de la propriété privée des héritiers de l’occupant. Cette intrusion juridique révèle que le système des généraux, qui a tant rebattu les oreilles avec ses slogans de souveraineté nationale et d’hostilité envers la France, se retrouve aujourd’hui prostré devant les textes des accords d’Évian. Ces derniers semblent n’avoir pas été un simple document de fin de guerre, mais un bail de location à long terme dont le pauvre « Zawali » paie le prix de sa stabilité, de sa dignité et de son honneur.
Pendant que les médias officiels se noient dans des récits de gloire souveraine illusoire, la question majeure surgit : pourquoi maintenant ? Et pourquoi activer ces droits juridiques des Pieds-noirs à ce moment précis ? L’amère vérité suggère que le régime, dans ses tentatives de survie et de quête de légitimité internationale, ou pour régler des dossiers épineux avec Paris, a offert en sacrifice les esclaves de la « République des chaînes », cette portion du peuple jugée inutile par les militaires. Le fait que les tribunaux s’appuient sur les clauses d’Évian pour restituer des maisons, des immeubles et même des sièges officiels prouve que le colonialisme n’est pas totalement parti, mais qu’il a laissé des agents veiller à l’exécution de ses agendas juridiques. C’est une régression coloniale sous un habit légal et sous le couvert d’un silence suspect des autorités, qui se limitent au rôle d’exécutants des décisions d’expulsion. Comment le citoyen modeste se transforme-t-il en occupant aux yeux de la loi, alors que le descendant du colon français devient le détenteur du droit légitime ?
Ce qui se produit est un crime barbare contre un peuple lésé. Si l’État est incapable de protéger les citoyens dans leurs foyers et de préserver le siège de son ministère de la Défense face aux convoitises des descendants des Français et des Turcs, de quelle souveraineté se vantent-ils ? La politique de la terre brûlée pratiquée aujourd’hui contre les résidents de ces logements ne passera pas en paix. Les peuples peuvent patienter face à la faim, la soif et le dénuement, mais ils ne tolèrent pas l’injustice (Hogra) et l’humiliation, surtout quand elle porte l’odeur d’un nouveau colonialisme avec la bénédiction de généraux grabataires. Le régime doit comprendre que les accords d’Évian ne sont pas un texte sacré s’ils mènent à l’errance des citoyens dans leur propre pays, et que la souveraineté qui ne protège pas le toit de l’individu est une souveraineté de papier, ne valant pas le prix de l’encre avec laquelle elle a été écrite.

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