Côte d’Ivoire : le pouvoir enterre la CEI après des années de contestation électorale
Le gouvernement ivoirien a officiellement acté la dissolution de la Commission Électorale Indépendante (CEI), une institution depuis longtemps accusée par l’opposition et plusieurs organisations de la société civile de manquer de neutralité dans la gestion des scrutins. L’annonce a été faite mercredi par le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, à l’issue du Conseil des ministres.
Cette décision hautement sensible intervient dans un climat politique encore marqué par les polémiques entourant l’élection présidentielle d’octobre 2025, remportée par le président Alassane Ouattara avec près de 90 % des voix. Ce scrutin avait toutefois été vivement critiqué en raison de l’exclusion de plusieurs figures majeures de l’opposition, alimentant les accusations d’un processus verrouillé et peu inclusif.
Selon les autorités, la dissolution de la CEI vise à ouvrir la voie à une profonde refonte du système électoral afin de restaurer la confiance des citoyens et de garantir des élections plus transparentes et apaisées. Le gouvernement a indiqué que de nouvelles concertations devraient être engagées prochainement pour définir l’architecture de l’organe appelé à remplacer la commission dissoute.
Créée en octobre 2001 dans un contexte de transition politique, la CEI a supervisé l’ensemble des consultations électorales du pays depuis la fin du régime militaire. Mais au fil des années, l’institution s’est retrouvée au cœur de presque toutes les grandes crises politiques ivoiriennes. Son rôle lors de la présidentielle de 2010 reste particulièrement controversé : le scrutin disputé entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo avait plongé la Côte d’Ivoire dans une grave crise postélectorale ayant causé des milliers de morts.
Depuis plusieurs années, les partis d’opposition dénonçaient une composition jugée déséquilibrée de la CEI, estimant qu’elle favorisait largement la coalition au pouvoir. Des critiques systématiquement rejetées par les autorités, qui défendaient la légalité et la crédibilité de l’institution.
Avec cette dissolution, le pouvoir ivoirien tente désormais d’envoyer un signal politique fort, à quelques années de nouvelles échéances électorales potentiellement décisives. Reste à savoir si cette réforme permettra réellement de réduire les tensions chroniques qui entourent les élections ivoiriennes ou si elle ouvrira une nouvelle phase d’incertitudes politiques dans un pays encore marqué par les blessures des crises passées.
