Sénégal : Faye limoge le porte-parole présidentiel, un proche de Sonko – Tensions explosives au sommet de l’État
En pleine montée des tensions institutionnelles, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a provoqué un séisme politique par un remaniement hautement symbolique. Deux jours seulement après une interview choc où il réaffirmait son autorité constitutionnelle – rappelant qu’il pouvait se séparer de son Premier ministre s’il venait à perdre confiance –, il a écarté Ousseynou Ly, son porte-parole à la présidence. Cette figure emblématique du courant Pastef (Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité), parti d’Ousmane Sonko, a été remerciée de manière soudaine. Cette décision s’inscrit dans un climat de tensions palpables avec le Premier ministre, l’architecte de l’ascension fulgurante du duo au pouvoir en 2024. Au-delà d’un simple remaniement, cet épisode révèle les fissures d’un tandem autrefois inséparable, menaçant l’équilibre précaire de l’exécutif sénégalais.
L’éviction d’Ousseynou Ly survient dans un contexte d’une précision chirurgicale. Lors de son interview diffusée dimanche sur une chaîne privée, Bassirou Diomaye Faye avait multiplié les rappels à l’ordre institutionnel : « La Constitution me donne le pouvoir de nommer et de révoquer. Si la confiance n’y est plus, les décisions seront prises en conséquence. » Ces mots, adressés sans nommer explicitement Sonko, ont été perçus comme un coup de semonce. Moins de 48 heures plus tard, le décret présidentiel tombait, propulsant Abdoulaye Tine, avocat indépendant et figure de la coalition « Diomaye Président », au poste de porte-parole.
Ce choix n’est pas anodin. Ly, connu pour sa loyauté indéfectible au Pastef, relayait souvent les thèses sonkistes sur les réseaux et dans les médias. Son remplacement par Tine, perçu comme plus neutre et directement rattaché à Faye, vise à purger la communication présidentielle des influences partisanes. « C’est une prise de contrôle totale de la narrative », commente un observateur du Palais, sous couvert d’anonymat.
Ces frictions ne datent pas d’hier. Élue sur une vague de révolte populaire contre l’ancien président Macky Sall, la paire Faye-Sonko avait promis une « rupture générationnelle ». Pourtant, les premiers mois du mandat révèlent des divergences croissantes. Sonko, Premier ministre depuis la nouvelle Constitution de 2024, pousse pour une accélération des réformes radicales : nationalisations, rupture avec la France, justice expéditive contre les corrompus. Faye, plus prudent, privilégie une approche graduelle pour éviter l’effondrement économique – inflation à 8%, dette à 70% du PIB, chômage des jeunes à 30%.
Les déclarations récentes de Sonko, fustigeant un « retour aux vieilles pratiques », ont attisé le feu. « Le peuple n’a pas voté pour un pouvoir timoré », a-t-il lancé à ses militants. Faye répond par des actes : ce limogeage, mais aussi des nominations discrètes de technocrates non pastefistes aux ministères régaliens.
Le Pastef est en ébullition. « C’est une purge stalinienne contre nos camarades », tonne un cadre du parti sur WhatsApp, relayé massivement. Des figures comme déçues évoquent une « trahison » de Faye, tandis que Sonko appelle au calme : « L’unité prime sur les egos. » Les réseaux sociaux s’enflamment : #FayeDictateur cumule les millions de vues, opposé à #SonkoLeVraiLeader.
Les analystes sonnent l’alarme. « Cette crise teste la solidité de la 3e République », estime la politologue Aïssata Tall. « Si elle dégénère, des élections anticipées ou une cohabitation forcée pourraient émerger. »
Ce bras de fer pourrait redessiner le paysage politique sénégalais. Faye consolide son pouvoir central ; Sonko mobilise sa base populaire. Avec des défis pressants – crise énergétique, insécurité au Sahel –, une escalade serait fatale. Le Sénégal, modèle démocratique ouest-africain, retient son souffle.
