Le pétrole en légère hausse malgré les tensions : le marché mise sur la paix au Moyen-Orient
Les marchés pétroliers ont affiché une progression modeste vendredi 8 mai 2026, dans un contexte de tensions renouvelées au Moyen-Orient. Malgré des affrontements sporadiques dans le détroit d’Ormuz entre les forces iraniennes et la marine américaine, les cours du Brent et du West Texas Intermediate (WTI) n’ont pas explosé, portés par un optimisme prudent sur les négociations en cours. Vers 15h15 GMT, le baril de Brent (livraison juillet) grimpait de 1,68% à 101,74 dollars, avant de clôturer à 101,29 dollars (+1,23%). Son homologue américain, le WTI (livraison juin), avançait de 0,81% à 95,58 dollars, pour finir à 95,42 dollars (+0,64%). Ces hausses timides contrastent avec les pics observés il y a une semaine, signe que les investisseurs parient encore sur une désescalade.
L’agence iranienne Fars a rapporté vendredi des « affrontements sporadiques » entre les forces armées de la République islamique et la marine des États-Unis dans le détroit d’Ormuz. De son côté, l’armée américaine a confirmé avoir « neutralisé » deux navires battant pavillon iranien en tirant dessus, qualifiant l’incident de mesure défensive. Jeudi déjà, des frappes avaient fait remonter les cours de quelques dollars, avant une hésitation matinale.
Le président américain a balayé l’affaire d’un revers de main, la qualifiant de « broutille » auprès de journalistes, et affirmant que le cessez-le-feu restait en vigueur. À Téhéran, le ministère des Affaires étrangères a riposté en accusant Washington d’une « violation flagrante » de l’accord fragile. Ces échanges musclés interviennent alors que les négociations indirectes entre les deux puissances, sous l’égide de médiateurs, semblaient progresser. Un mémorandum d’une page, révélé par le site américain Axios, vise à mettre fin à la guerre : il prévoit un moratoire iranien sur l’enrichissement nucléaire et la levée mutuelle des blocus autour du détroit d’Ormuz.
Pour Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, « le marché donne une chance à la paix », ce qui bride les hausses. Tamas Varga, de PVM, ajoute que les investisseurs, « à tort ou à raison », anticipent un cessez-le-feu imminent réouvrant le détroit et levant les blocus. Pourtant, le scepticisme domine chez les experts : « Il est difficile d’imaginer que l’Iran accepte quoi que ce soit approchant ce mémorandum », note Rasmussen. Ole R. Hvalbye, d’SEB, met en garde contre un optimisme excessif, soulignant le décalage entre les déclarations publiques iraniennes et américaines.
Ce pari sur la paix s’inscrit dans un marché volatil. Les cours restent inférieurs à ceux d’il y a sept jours, malgré les perturbations. Les géants pétroliers européens, comme TotalEnergies ou Shell, en tirent profit : un article récent de La Libre le démontre en chiffres, avec des hausses de marges liées au conflit.
Au-delà des chiffres, ces tensions rappellent la vulnérabilité du marché énergétique. Le détroit d’Ormuz, goulot d’étranglement vital, pourrait voir ses flux chuter de 30% en cas d’escalade, propulsant les prix au-delà de 120 dollars le baril, selon des modèles de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Pour les pays importateurs comme le Maroc, cela signifierait une inflation galopante sur les carburants et une pression sur les comptes publics.
À court terme, les regards se tournent vers les prochains rounds de négociations. Si l’accord Axios se concrétise, une baisse des prix est probable ; sinon, une flambée guette. Les traders surveillent aussi les stocks US et la demande chinoise, atone ces derniers mois. En Europe, la transition verte atténue l’impact, mais le pétrole reste roi.
En somme, cette hausse légère illustre la résilience du marché : entre peur et espoir, il choisit pour l’instant l’optimisme. Reste à voir si la réalité géopolitique lui donnera raison.
