Sept ans requis contre Nicolas Sarkozy : une peine alourdie en appel dans l’affaire libyenne

Sept ans requis contre Nicolas Sarkozy : une peine alourdie en appel dans l’affaire libyenne

Mercredi 13 mai 2026, devant la cour d’appel de Paris, le parquet général a porté un coup de maître dans l’un des procès les plus emblématiques de la Ve République. Sept années de prison ont été requises contre Nicolas Sarkozy, l’ancien président de 2007 à 2012, dans l’affaire du prétendu financement libyen de sa campagne électorale victorieuse de 2007. Une réquisition particulièrement sévère, supérieure de deux ans à la condamnation prononcée en première instance, quifait planer au-dessus de l’ex-chef d’État l’ombre d’un retour en détention, potentiellement infamant, alors que le jugement est attendu pour le 30 novembre prochain.

Nicolas Sarkozy, qui a essuyé les attaques de l’accusation sans un regard pour les procureurs, joue ici sa liberté et son honneur. Âgé de 71 ans, il martèle depuis des années que « pas un centime » d’argent libyen n’a atterri dans ses caisses de campagne. En cas de condamnation confirmée, il ne lui resterait que le recours d’un pourvoi en cassation pour tenter d’échapper à l’exécution de la peine. « Nous démontrerons dans quinze jours, lors de nos plaidoiries, la parfaite innocence de Nicolas Sarkozy », a déclaré avec fermeté l’un de ses avocats, Christophe Ingrain, à la sortie de l’audience. « Il n’y a pas d’argent libyen dans sa campagne, dans son patrimoine, et pour cause : il n’y a pas eu de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye. Nicolas Sarkozy est innocent, son élection n’a pas été biaisée. »

L’accusation, loin de se contenter de la condamnation pour association de malfaiteurs prononcée en première instance, a poussé les juges à aller plus loin. Elle demande de déclarer l’ex-président coupable de l’ensemble des chefs d’inculpation : corruption, financement illégal de campagne et recel de détournement de fonds publics libyens. Selon le parquet général, tout commence par un « accord » secret conclu fin 2005, lorsque Nicolas Sarkozy était encore ministre de l’Intérieur sous Jacques Chirac. Ce pacte aurait été scellé avec le dictateur Mouammar Kadhafi, en échange de financements occultes pour sa future campagne à l’Élysée. En contrepartie, Sarkozy promettait d’examiner la situation judiciaire d’Abdallah Senoussi, le bras droit et beau-frère du Guide libyen.

Ce haut dignitaire avait été condamné par contumace à la perpétuité par la justice française en 1999 pour avoir commandité l’attentat du DC-10 d’UTA, qui avait fait 170 morts en 1989, dont 54 Français. Senoussi cherchait désespérément une levée de son mandat d’arrêt international. Les manoeuvres frauduleuses s’articulent autour de deux rencontres secrètes en Libye fin 2005, impliquant Claude Guéant et Brice Hortefeux, les plus proches collaborateurs de Sarkozy. Présents aux côtés de l’intermédiaire Ziad Takieddine (depuis décédé), ils auraient négocié avec Senoussi. Preuve à l’appui : en 2006, le régime libyen a transféré environ 6 millions d’euros sur les comptes de Takieddine.

Pour l’accusation, Nicolas Sarkozy n’était pas un simple spectateur : il en serait « le principal, l’unique bénéficiaire » et « l’instigateur » de cette association de malfaiteurs, conçue pour lui permettre d’accéder au pouvoir suprême. Ces agissements auraient « vicié le financement de l’élection suprême de la Ve République », atteignant ainsi « le plus haut niveau de gravité ». Le tribunal correctionnel de première instance avait déjà retenu que Sarkozy avait laissé ses collaborateurs démarcher les Libyens pour des fonds illicites. En appel, le parquet veut le désigner explicitement comme le cerveau du pacte de corruption.

Concernant les autres accusés, le réquisitoire reste mesuré. Contre Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Élysée, le parquet demande de confirmer les six ans de prison pour un ensemble d’infractions, dont la corruption via l’intermédiaire Alexandre Djouhri. Guéant, absent pour raisons de santé, avait échappé à l’incarcération immédiate. Pour Brice Hortefeux, ex-ministre de l’Intérieur, la peine de première instance (deux ans aménageables avec bracelet électronique) est requise, assortie de deux ans supplémentaires avec sursis. Notamment, aucun mandat de dépôt ni exécution provisoire n’a été demandé contre Sarkozy, lui laissant un sursis avant une possible décision fatidique.

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