L’assassinat d’Izz al Din al Haddad peut il redessiner les rapports de force autour du conflit israélo palestinien ?
La bande de Gaza traverse une nouvelle séquence d’extrême tension après l’annonce par Israël de l’assassinat d’Izz al-Din al-Haddad, présenté comme l’un des principaux commandants militaires du Hamas et considéré depuis des années comme une cible prioritaire des services israéliens. Cette opération, menée au cœur du quartier d’Al-Rimal dans la ville de Gaza, dépasse largement le cadre d’une simple frappe ciblée : elle intervient dans un contexte déjà explosif marqué par l’effritement du cessez-le-feu, la multiplication des bombardements et l’impasse des négociations politiques.
Surnommé « le Fantôme » en raison de sa capacité à échapper pendant des décennies aux tentatives d’élimination, Haddad occupait une place centrale dans l’appareil militaire des Brigades al-Qassam. Selon plusieurs médias, il aurait succédé à Mohammed Sinwar au sein de la structure militaire du mouvement, après l’élimination de plusieurs figures majeures comme Ismail Haniyeh, Yahya Sinwar, Mohammed Deif et Marwan Issa. Son assassinat représente donc un coup symbolique et stratégique important dans la guerre que mène Israël contre les structures dirigeantes du Hamas depuis les attaques du 7 octobre.
Selon les autorités israéliennes, l’opération a été décidée directement par Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israel Katz. Les médias israéliens évoquent une frappe massive impliquant plusieurs avions de chasse et de nombreuses munitions afin de garantir la destruction complète de la cible. L’armée israélienne affirme poursuivre une stratégie visant à empêcher toute reconstitution des capacités militaires du Hamas et à neutraliser les responsables des attaques contre Israël.
Mais sur le terrain, les conséquences humaines de cette opération alimentent encore davantage la colère et la tension. Des sources médicales locales ont fait état de plusieurs morts civils, dont des femmes et un enfant, ainsi que de dizaines de blessés après le bombardement d’un immeuble résidentiel et d’un véhicule civil. Ces scènes de destruction, devenues quotidiennes dans l’enclave palestinienne, renforcent le climat de catastrophe humanitaire qui continue de s’aggraver à Gaza.
Du côté du Hamas, l’assassinat de Haddad est interprété comme une tentative israélienne de modifier les équilibres des négociations et d’imposer de nouvelles conditions par la force militaire. Oussama Hamdan a accusé Israël de chercher à obtenir des « victoires morales » après des mois de guerre coûteuse, tout en exerçant une pression sur le mouvement afin de le pousser à faire des concessions dans les discussions indirectes. Le Hamas affirme néanmoins qu’il ne quittera pas la voie des négociations tant qu’il subsistera une possibilité de préserver le processus de médiation.
Cependant, la réalité sur le terrain montre que le cessez-le-feu apparaît de plus en plus fragile. Les bombardements se poursuivent, les infrastructures civiles restent durement touchées et l’accès à l’aide humanitaire demeure extrêmement limité. Les autorités sanitaires palestiniennes dénoncent la poursuite des frappes et le blocage de l’entrée des médicaments et du matériel médical, alors que les hôpitaux de Gaza fonctionnent dans des conditions dramatiques.
L’assassinat d’Haddad pourrait également avoir des répercussions politiques internes en Israël. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu cherche à démontrer qu’il conserve l’initiative militaire et qu’il poursuit sa stratégie d’élimination des dirigeants du Hamas malgré les critiques internationales et les divisions croissantes au sein de la société israélienne concernant la gestion de la guerre et le sort des otages.
Sur le plan international, plusieurs observateurs redoutent désormais une nouvelle escalade incontrôlable. Certains estiment que les affrontements pourraient rester limités à des opérations ciblées, tandis que d’autres craignent une détérioration progressive susceptible de faire échouer définitivement les efforts de médiation. Dans ce contexte, Gaza demeure enfermée dans une spirale de violence, où les calculs militaires, les enjeux politiques et la catastrophe humanitaire s’entremêlent chaque jour davantage.
