Syrie : un ancien porte-parole de Bachar al-Assad réintègre la diplomatie sous le nouveau pouvoir

Syrie : un ancien porte-parole de Bachar al-Assad réintègre la diplomatie sous le nouveau pouvoir

Le paysage politique syrien continue de se reconfigurer à un rythme soutenu, dans un contexte de recomposition institutionnelle et de réouverture diplomatique après plus d’une décennie de guerre civile. Dernier signe en date : la réintégration de l’ancien porte-parole du ministère des Affaires étrangères sous le régime de Bachar al-Assad, Jihad Makdissi, au sein du corps diplomatique syrien, désormais dirigé par les nouvelles autorités de Ahmed al-Sharaa.

Selon une annonce officielle du ministère syrien des Affaires étrangères, Jihad Makdissi a été nommé « conseiller pour les affaires américaines », marquant un retour inattendu de l’un des visages diplomatiques les plus identifiés du régime syrien du début des années 2010.

Chrétien originaire de Damas, Makdissi avait occupé un rôle central dans la communication officielle syrienne au début de la guerre civile déclenchée en mars 2011. Porte-parole du ministère des Affaires étrangères, il était alors l’une des figures médiatiques du régime de Bachar al-Assad, chargé de défendre la position de Damas face à une pression internationale croissante.

Sa trajectoire a toutefois basculé en 2012, lorsqu’il quitte la Syrie dans un contexte de polarisation extrême. À l’époque, il justifie son départ par l’impossibilité de maintenir une position de « modération » dans un conflit devenu, selon lui, irréconciliable. Il rejoint par la suite des positions proches de l ოპოზition et participe à des discussions politiques sous médiation internationale, notamment dans le cadre des négociations de Genève sous l’égide de l’ONU.

Après des années d’absence sur la scène institutionnelle, Makdissi avait progressivement réapparu dans le débat syrien, multipliant les contacts avec divers acteurs politiques et diplomatiques. Sa nomination actuelle s’inscrit dans une dynamique plus large de réorganisation de l’appareil d’État syrien après la chute du régime Assad en décembre 2024 et la prise de pouvoir par une coalition politique dominée par Ahmed al-Sharaa.

Les nouvelles autorités cherchent à reconstruire les canaux diplomatiques d’un pays longtemps isolé sur la scène internationale. Dans ce cadre, le retour d’anciens responsables, y compris issus de l’ancien régime, apparaît comme un choix pragmatique visant à capitaliser sur l’expérience administrative et diplomatique disponible.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Makdissi a salué son retour avec « fierté et gratitude », affirmant rejoindre « les rangs de la nouvelle diplomatie syrienne ».

Ce retour ne manque pas de susciter des interrogations. La réhabilitation d’anciens cadres du régime Assad illustre la complexité de la transition politique syrienne, où les lignes entre rupture et continuité restent floues.

Pour certains observateurs, cette décision traduit une volonté d’assainir et de stabiliser les institutions en s’appuyant sur des technocrates expérimentés, indépendamment de leur passé politique. Pour d’autres, elle révèle les limites d’une transition encore contrainte par les réalités administratives et diplomatiques héritées de l’ancien système.

Dans un contexte où la Syrie tente de rétablir ses relations internationales après plus de quatorze ans de guerre, le nouveau pouvoir dirigé par Ahmed al-Sharaa mise sur une diplomatie de réintégration progressive. Le rapprochement avec plusieurs capitales étrangères, notamment les États-Unis, s’inscrit dans cette stratégie de normalisation.

La nomination de Jihad Makdissi apparaît ainsi comme un signal supplémentaire : celui d’une diplomatie syrienne en recomposition, cherchant à conjuguer continuité des compétences et rupture politique, dans un équilibre encore fragile entre passé conflictuel et avenir institutionnel.

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