Trump déroule le tapis rouge au nouveau Premier ministre irakien, Washington resserre l’étau financier autour de l’Iran
Mardi, le président américain Donald Trump a reçu à la Maison-Blanche le nouveau Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi, pour une rencontre hautement stratégique qui dépasse largement le cadre d’une simple visite officielle. Premier déplacement à l’étranger du dirigeant irakien depuis son arrivée au pouvoir en avril dernier, ce voyage marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Washington et Bagdad, alors que les tensions avec l’Iran atteignent un niveau inédit. Derrière les honneurs réservés à Ali al-Zaidi se dessine la stratégie de la Maison-Blanche : faire de l’Irak un partenaire clé pour contenir l’influence de Téhéran, tout en renforçant la coopération sécuritaire, économique et énergétique entre les deux pays.
À la tête d’une importante délégation politique et économique, Ali al-Zaidi doit également rencontrer les dirigeants de grandes compagnies pétrolières américaines, notamment Chevron et ExxonMobil, afin d’attirer des investissements dans une économie irakienne encore fragilisée par des décennies de guerres, de corruption et de sous-investissement. Bagdad espère développer de nouveaux projets dans les secteurs des hydrocarbures, du gaz et de l’électricité afin d’accélérer sa reconstruction.
Homme d’affaires sans véritable expérience politique, Ali al-Zaidi est arrivé au pouvoir après plusieurs mois de blocage institutionnel. Son accession à la tête du gouvernement a été largement facilitée par le soutien affiché de Donald Trump, qui avait opposé son veto à la candidature de l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, considéré à Washington comme trop proche de Téhéran. Le président américain avait alors salué sur les réseaux sociaux « le début d’un nouveau chapitre extraordinaire » entre les deux pays, promettant « prospérité, stabilité et succès sans précédent ».
Mais derrière cette démonstration de confiance se cache une réalité beaucoup plus complexe. L’Irak demeure pris entre deux puissances rivales dont il dépend à la fois sur les plans politique, économique et sécuritaire. Si Bagdad affiche aujourd’hui un rapprochement avec Washington, ses dirigeants répètent qu’il n’est pas question de rompre avec l’Iran. « L’Irak doit maintenir l’équilibre qui caractérise depuis longtemps sa politique étrangère », a confié un haut responsable irakien, rappelant que le pays entend rester à l’écart des affrontements régionaux.
Le principal dossier au cœur des discussions concerne toutefois le désarmement des milices pro-iraniennes. Les États-Unis exigent que le gouvernement irakien rétablisse le monopole exclusif de l’État sur l’usage de la force et neutralise les groupes armés accusés d’avoir multiplié les attaques contre les installations américaines en Irak pendant la guerre régionale déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l’Iran à la fin du mois de février. Le gouvernement d’Ali al-Zaidi a fixé au 30 septembre la date limite pour le désarmement des groupes armés non étatiques, une échéance qui coïncide avec le retrait définitif de la coalition internationale dirigée par Washington.
Dans une tribune publiée dans le Washington Post, le Premier ministre irakien a assuré que son gouvernement était « déterminé à faire en sorte que l’État détienne le monopole légitime de l’usage de la force », jugeant cette réforme indispensable pour restaurer la confiance des investisseurs et relancer durablement l’économie nationale.
La tâche s’annonce cependant particulièrement difficile. Les principales milices chiites, intégrées aux appareils sécuritaires et devenues de véritables puissances politiques et économiques, refusent toujours de déposer les armes. Certaines acceptent de dialoguer avec Bagdad, tandis que d’autres estiment qu’aucun désarmement n’est envisageable tant que les tensions régionales persistent. La Résistance islamique en Irak, coalition de groupes armés proches de Téhéran, a d’ailleurs dénoncé le déplacement d’Ali al-Zaidi à Washington, mettant en garde contre « le remplacement d’une occupation militaire par une occupation économique encore plus dangereuse ».
Au-delà de la question sécuritaire, cette visite s’inscrit dans une stratégie américaine beaucoup plus vaste. En signe de confiance envers le nouveau gouvernement irakien, Washington a repris les transferts de liquidités provenant des revenus pétroliers irakiens, gérés depuis 2003 par la Réserve fédérale de New York. Ces versements avaient été suspendus plus tôt cette année afin d’accentuer la pression sur Bagdad pour obtenir des avancées concrètes dans le désarmement des milices pro-iraniennes.
Parallèlement, l’administration Trump poursuit une offensive économique sans précédent contre l’Iran. Restriction de l’accès au dollar, durcissement des sanctions financières et contrôle accru des circuits commerciaux : cette politique a accéléré l’effondrement du rial et provoqué une flambée de l’inflation, privant progressivement la République islamique d’une partie de ses ressources financières.
L’objectif de Washington est clair : assécher les moyens dont dispose Téhéran pour financer les Gardiens de la révolution et ses alliés régionaux en Irak, au Liban, en Syrie ou encore au Yémen. La Maison-Blanche exclut désormais tout assouplissement des sanctions, estimant que seule une pression économique maximale est susceptible de contraindre le régime iranien à revoir sa politique régionale.
Pour Ali al-Zaidi, l’enjeu dépasse largement le succès diplomatique de cette visite. Il lui faut convaincre les États-Unis qu’il est capable de reprendre le contrôle des groupes armés tout en évitant que l’Irak ne devienne le principal champ d’affrontement entre Washington et Téhéran.
À travers ce rapprochement avec Bagdad, Donald Trump poursuit une ambition plus large : remodeler les équilibres stratégiques du Moyen-Orient en affaiblissant durablement l’Iran. La bataille ne se joue plus seulement sur le terrain militaire. Elle se déroule désormais sur le front économique, financier et énergétique, où Washington entend priver progressivement la République islamique des ressources qui alimentent son influence régionale, quitte à accentuer les tensions dans une région déjà profondément instable.
