Ouganda : six hauts responsables limogés dans une vaste offensive contre la corruption

Ouganda : six hauts responsables limogés dans une vaste offensive contre la corruption

Le président ougandais Yoweri Museveni a ordonné le limogeage de six hauts responsables du ministère des Travaux publics et des Transports ainsi que de l’Autorité de l’aviation civile, soupçonnés d’être impliqués dans des affaires de corruption liées à plusieurs projets d’infrastructures routières. Cette décision marque une nouvelle étape dans la campagne de lutte contre les détournements de fonds publics engagée par le chef de l’État, alors que les autorités cherchent à restaurer la confiance dans les institutions et à mettre un terme aux malversations qui coûtent chaque année des milliards de dollars au pays.

Les responsables concernés sont accusés d’avoir participé à des irrégularités dans la gestion de contrats publics et de projets routiers financés par l’État. Bien que les enquêtes soient toujours en cours, le gouvernement a choisi de les écarter de leurs fonctions afin de garantir leur bon déroulement et d’envoyer un signal fort contre l’impunité. Le ministre des Travaux publics, Fred Byamukama, a précisé que ces limogeages constituent le point de départ d’une vaste opération d’assainissement du secteur des infrastructures, l’un des plus exposés aux pratiques de corruption en raison des montants considérables investis dans les projets de développement.

L’ampleur du phénomène est particulièrement préoccupante. Selon le Bureau de l’auditeur général, l’Ouganda perd près de 2,7 milliards de dollars par an à cause de la corruption, soit plus de 44 % des recettes annuelles de l’État. Rien qu’entre janvier et décembre 2024, les autorités ont mené à terme 2 218 enquêtes portant sur des faits de corruption, illustrant l’importance du problème dans les administrations publiques.

Les classements internationaux confirment cette situation. Dans l’Indice de perception de la corruption 2025 publié par Transparency International, l’Ouganda a obtenu 25 points sur 100, se classant 148e sur 180 pays, un résultat inférieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne. Ce classement reflète les difficultés persistantes du pays à endiguer les détournements de fonds, les abus de pouvoir et les fraudes dans les marchés publics.

Cette nouvelle vague de sanctions intervient après plusieurs scandales retentissants ayant éclaboussé les plus hautes sphères de l’État. Le plus emblématique reste celui du Karamoja, où plus de 100 000 tôles de toiture, destinées à la construction de logements pour les populations les plus pauvres de cette région du nord-est du pays, avaient été détournées au profit de responsables politiques et administratifs. Cette affaire avait conduit à des poursuites contre plusieurs ministres et parlementaires et provoqué de vives critiques de la communauté internationale.

Le scandale a également eu des répercussions diplomatiques. En 2024, le Royaume-Uni puis les États-Unis ont imposé des sanctions à plusieurs hauts responsables ougandais, dont la présidente du Parlement, pour leur implication présumée dans des actes de corruption. Ces mesures ont renforcé la pression sur les autorités de Kampala pour accélérer les réformes et renforcer les mécanismes de contrôle des finances publiques.

Le président Museveni a lui-même reconnu que la corruption ne se limitait pas aux ministères et aux administrations. Lors de son discours sur l’état de la nation en juin 2024, il avait révélé que certains membres de son propre cabinet présidentiel acceptaient des pots-de-vin en échange de la promesse d’obtenir une audience avec lui. Il avait alors assuré que tous les responsables impliqués seraient poursuivis, quel que soit leur rang.

En mars 2026, le Bureau de l’auditeur général avait déjà ordonné à 202 fonctionnaires de restituer des fonds publics indûment perçus, preuve que les contrôles se multiplient au sein de l’administration. Avec le limogeage des six hauts responsables des Travaux publics et de l’Autorité de l’aviation civile, le gouvernement affiche sa volonté de durcir sa politique anticorruption. Selon plusieurs médias ougandais, de nouvelles enquêtes sont en cours et pourraient déboucher sur d’autres révocations et poursuites judiciaires dans les prochains mois, alors que la lutte contre la corruption s’étend désormais jusqu’aux plus hauts niveaux de l’État.

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