L’incendie des enfants innocents par les généraux n’est que le prélude à une nouvelle décennie noire
Depuis l’Indépendance, les généraux ont tué des centaines de milliers de personnes, déplacé 10 millions, arrêté des centaines de milliers d’Algériens. Eux et leurs familles ont volé des milliards de dollars, ont fait appel à la Chine, la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais, leur ont livré des bases aériennes, navales et terrestres, ont déchiré le pays, égorgé ses habitants et pillé ses ressources.
Aujourd’hui, l’Algérie, sous le règne du dernier général, a atteint un abîme au-delà duquel il n’y a plus de fond.
Enfin, les appareils militaires, premiers responsables de notre misère, de la corruption et de l’humiliation qui se répandent dans le pays, ont réussi à prouver leur théorie éternelle, héritée de l’époque de Boumédiène, qui stipule : « Celui pour qui personne ne s’enquiert n’a pas de prix du sang… ni même le droit à la vie. »
Et comme première menace d’une décennie noire à venir, dans la commune d’El Mohammadia à Alger, un incendie d’origine criminelle s’est déclaré dans un centre de prise en charge des enfants abandonnés et de filiation inconnue. Le feu était « chaleureux » au point de tuer, et l’intervention fut si rapide qu’elle n’arriva qu’après que les corps de nos enfants martyrs eurent été réduits en cendres. Cinquante et un enfants ont quitté notre monde sans laisser derrière eux de papiers d’identité ou civils attestant de l’origine de leurs pères. C’est peut-être la seule consolation pour les responsables : aucune famille ne viendra frapper aux portes de leurs bureaux climatisés pour réclamer le prix du sang, ni ne fera de bruit sur les chaînes satellitaires concernant la mort d’enfants dont les pères sont inconnus mais dont les mères sont des femmes célibataires. Et le plus étrange n’est pas le « coupable actif » qui a allumé les flammes, mais plutôt le « coupable passif » qui a observé les flammes dévorer l’innocence et la consumer jusqu’à la mort.
Et la justification de l’inaction semble très logique selon les critères de la bureaucratie : les « mâles » des pompiers, et non des « hommes » des pompiers, se demandent entre eux : « Pourquoi l’urgence ? L’incendie est très loin de la Résidence du Pin et des remparts du Palais d’El Mouradia ! » Il n’y a pas de père légitime ou de mère célibataire en colère et affligée menaçant de recourir à une justice déjà corrompue. Et pourquoi risquer nos propres vies ? Aucune famille « de souche » ne pleurera sur les écrans de télévision et ne montera l’opinion publique locale et internationale contre les enfants brûlés. La conséquence inévitablement catastrophique de ces questions stupides : des enfants de filiation inconnue sont morts brûlés, comme des corps d’Indiens, privés de parents et de famille. Les responsables incompétents ont donc décidé de s’absenter eux aussi de la conscience, du devoir et de la déontologie.
À ce stade, c’est au « zawali » de se demander : « Et si ce centre d’hébergement pour enfants de filiation inconnue avait été un centre de luxe, un club regroupant les enfants de généraux influents et d’hommes d’affaires ? Les avions de lutte contre l’incendie auraient décollé avant même qu’une seule allumette ne s’enflamme, et l’intervention aurait été plus rapide que la vitesse de la lumière elle-même ! » Mais il semblerait que, chez nous, la classification de la gravité des incendies dépende de la filiation des victimes et de leur proximité avec la sphère d’influence et de pouvoir, et non de l’ampleur des flammes ou du nombre de morts. Comme d’habitude, et pour apaiser nos consciences latentes, une enquête superficielle sera ouverte.
Un comité de généraux gâteux, dont les membres porteront d’élégants uniformes militaires jamais effleurés par le feu, se réunira. Après des mois d’investigation, ils concluront que le feu brûle et tue réellement, et que les enfants de filiation inconnue sont morts parce qu’ils n’ont pas pu respirer au milieu de l’épaisse fumée.
Le dossier sera clos parce que le coupable est inconnu et les victimes sont de pères inconnus, et la responsabilité, comme à l’accoutumée, incombera au destin, aux circonstances difficiles et aux ennemis de l’extérieur, ou au Maroc et au MAK. Et nous disons, avec un regret mêlé d’une profonde tristesse : Pardon à nos enfants qui ont vécu comme des étrangers sans pères et sont morts seuls, sans poitrine compatissante pour panser leurs blessures… Votre seul crime fut d’avoir fait confiance aux murs fragiles d’une patrie que vous pensiez protectrice, alors qu’elle était celle qui vous enfermait dans l’enfer des généraux.
