Cameroun : l’absence prolongée de Paul Biya ravive les critiques contre l’inertie du pouvoir
L’absence prolongée du président camerounais Paul Biya, en séjour en Suisse depuis le 7 juin, relance les débats sur le fonctionnement des institutions et l’avenir du pouvoir au Cameroun. À 93 ans, le chef de l’État, au pouvoir depuis 1982, est absent du territoire depuis 48 jours, alimentant les interrogations sur la gouvernance du pays et sa capacité à diriger les affaires de l’État.
Officiellement, Paul Biya effectue un « court séjour privé en Europe » avec son épouse Chantal Biya. Toutefois, comme lors de précédentes absences, son état de santé fait l’objet de nombreuses spéculations. Le gouvernement a une nouvelle fois rejeté les rumeurs d’hospitalisation en Suisse, assurant que le président continue de suivre les dossiers qui lui sont transmis par ses collaborateurs.
Cette longue absence nourrit les critiques de l’opposition, qui estime que le pays traverse une période de vide institutionnel. Des responsables du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et de l’Union démocratique du Cameroun (UDC) réclament davantage de transparence et souhaitent l’adoption d’une procédure claire permettant de constater un éventuel empêchement temporaire ou définitif du chef de l’État.
Le Social Democratic Front (SDF) va plus loin en affirmant que le Cameroun fonctionne désormais en « pilotage automatique », dénonçant une paralysie du pouvoir exécutif.
Les critiques sont renforcées par l’absence de remaniement gouvernemental. Après sa réélection pour un huitième mandat en octobre 2025, Paul Biya avait promis la formation d’un nouveau gouvernement « dans les prochains jours ». Plus de sept mois après cette annonce, aucune nouvelle équipe n’a été nommée.
Par ailleurs, les reports successifs des élections municipales et législatives prolongent le mandat des élus actuels, alimentant le sentiment d’immobilisme dans une partie de la population.
Ces derniers mois, plusieurs réformes institutionnelles ont été engagées, notamment le remplacement des présidents des deux chambres du Parlement et la création d’un poste de vice-président de la République. Cependant, près de trois mois après cette réforme constitutionnelle, aucun vice-président n’a encore été désigné.
Cette situation a favorisé les rumeurs, allant jusqu’à la circulation d’un faux décret annonçant la nomination d’un vice-président, rapidement identifié comme un faux par les médias publics.
Pour plusieurs observateurs, ces incertitudes alimentent les spéculations sur la succession de Paul Biya. Des politologues évoquent des rivalités croissantes entre différents cercles de pouvoir proches du président, tandis que le rôle de la Première dame, Chantal Biya, est régulièrement cité dans les discussions sur les décisions et nominations au sommet de l’État.
En l’absence d’un vice-président, la Constitution prévoit que le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, assure l’intérim en cas de vacance du pouvoir, jusqu’à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.
Alors que le chef de l’État demeure hors du pays et qu’aucun calendrier politique clair n’a été annoncé, les interrogations sur la gouvernance du Cameroun et sur la préparation de l’après-Biya continuent de s’intensifier.
