Chine : deux puissants généraux de premier plan destitués de la Commission militaire centrale
Le pouvoir chinois a annoncé vendredi 28 août l’éviction de deux figures de premier plan de l’appareil militaire : Zhang Youxia, vice-président de la Commission militaire centrale (CMC), et Liu Zhenli, membre de cette instance stratégique. Une décision qui intervient sur fond de vaste campagne de lutte contre la corruption au sein de l’Armée populaire de libération (APL).
La destitution a été décidée par le Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire à l’issue de sa 24e session, réunie au Palais du Peuple à Pékin. Selon l’agence officielle Xinhua, Zhang Youxia, 76 ans, a été relevé de ses fonctions de vice-président de la CMC. Liu Zhenli, 62 ans, a pour sa part été démis de son poste de membre de la commission.
Le départ de Zhang Youxia revêt une importance particulière. Considéré pendant des années comme l’un des militaires les plus expérimentés de Chine, il était l’un des rares généraux de premier rang à avoir une expérience directe du combat. Au cours de sa carrière, il a notamment commandé la 13e armée de groupe, occupé le poste de commandant adjoint de la région militaire de Pékin et dirigé la région militaire de Shenyang.
Après le 18e Congrès du Parti communiste chinois, en 2012, Zhang Youxia avait pris la tête du département général de l’armement. Trois ans plus tard, il avait été nommé à la direction du nouveau département du développement des équipements de la CMC. En 2017, il avait accédé au poste de vice-président de la Commission militaire centrale, avant d’être reconduit en 2022.
Liu Zhenli constituait lui aussi une pièce importante du dispositif militaire chinois. Il avait successivement commandé l’ancienne 38e armée de groupe de la région militaire de Pékin, dirigé l’état-major de la police armée, puis occupé les fonctions de chef d’état-major et de commandant de l’armée de terre. En mars 2023, il avait été nommé chef du département d’état-major interarmées de la CMC.
Les évictions semblent dépasser le seul cas de ces deux généraux. Plusieurs autres responsables de haut rang auraient également été écartés, parmi lesquels Guo Qian Sheng, ancien commandant des forces de soutien stratégique de l’APL.
Gao Shiwen figure également parmi les responsables concernés. Ancien maire de Nanchang, dans le sud de la Chine, il avait auparavant travaillé pour la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC), le puissant groupe public chinois spécialisé dans l’aérospatiale et les technologies de défense.
À cette série de mises à l’écart s’ajoute celle de Zhao Zongzhi, ancien commandant du théâtre occidental. Il avait dirigé les forces chinoises lors des affrontements meurtriers avec l’Inde le long de la frontière himalayenne en 2020. Le principal organe consultatif politique chinois a annoncé mercredi son retrait de ses fonctions.
Cette vague de sanctions intervient après l’annonce, en janvier, de l’ouverture d’enquêtes visant Zhang Youxia et Liu Zhenli pour de graves soupçons de violations de la discipline et de la loi.
L’éviction de Zhang Youxia est particulièrement significative compte tenu de son rang et de son expérience. Elle pourrait ainsi avoir des répercussions importantes sur l’équilibre interne de l’appareil militaire chinois, alors que Pékin poursuit depuis plusieurs années une profonde restructuration de ses forces armées et une campagne anticorruption visant plusieurs hauts gradés.
Au-delà des accusations individuelles, cette nouvelle série de destitutions soulève une question plus large : jusqu’où ira la recomposition de la hiérarchie militaire chinoise ?
