Colombie : la politique d’expulsion du nouveau président, Abelardo de la Espriella, déclenche un tollé
À peine installé au pouvoir, le président colombien Abelardo de la Espriella entend durcir la politique migratoire du pays en lançant une campagne d’expulsion visant les étrangers en situation irrégulière. La mesure, qui concernerait principalement les Vénézuéliens, suscite l’indignation de l’opposition et des organisations de défense des migrants, qui dénoncent une politique « inhumaine » et xénophobe.
Lors d’une réunion du conseil de sécurité, le chef de l’État a demandé à la police de lancer les premières opérations dès cette semaine.
« Je n’accepterai aucun immigré clandestin, d’où qu’il vienne », a déclaré le président dans une vidéo publiée dimanche sur X. Selon lui, les personnes concernées devront quitter le territoire ou être expulsées, une décision dont il affirme assumer « la responsabilité politique ».
Le gouvernement entend, dans un premier temps, cibler les étrangers impliqués dans des activités criminelles, avant d’élargir les opérations aux personnes dont le statut migratoire n’est pas régularisé.
Même si aucune nationalité n’a été explicitement désignée, la mesure devrait principalement concerner les Vénézuéliens. Selon les données citées par l’OCDE, ceux-ci représentent environ 95 % des migrants présents en Colombie.
La Colombie accueille près de 2,8 millions de ressortissants vénézuéliens, soit la plus importante communauté vénézuélienne installée à l’étranger. Environ deux millions bénéficient d’un permis de protection temporaire (PPT), qui leur permet de résider légalement dans le pays.
Près de 500 000 autres personnes seraient toutefois toujours en situation irrégulière, selon les autorités migratoires. Certaines avaient obtenu des documents temporaires qui sont depuis arrivés à expiration.
Abelardo de la Espriella avait fait de la lutte contre l’immigration clandestine l’une des principales promesses de sa campagne électorale. Nouvel acteur de la politique colombienne, il avait également affiché sa proximité avec plusieurs dirigeants conservateurs étrangers, notamment Donald Trump, qui a lui-même fait de l’expulsion des migrants en situation irrégulière l’un des axes majeurs de sa politique aux États-Unis.
L’annonce présidentielle a immédiatement provoqué une levée de boucliers au sein de l’opposition.Le sénateur de gauche Iván Cepeda, battu de peu par Abelardo de la Espriella lors du second tour de l’élection présidentielle en juin, a accusé le nouveau pouvoir de franchir une nouvelle étape dans sa politique sécuritaire.
« Aujourd’hui, De la Espriella ajoute la xénophobie à tous les traits autoritaires, despotiques et discriminatoires de sa politique », a-t-il dénoncé sur X.
L’élu a également reproché au président de ne pas défendre suffisamment les Colombiens expulsés des États-Unis, estimant qu’il adopte une attitude beaucoup plus ferme envers les migrants présents en Colombie qu’envers les ressortissants colombiens eux-mêmes confrontés à des expulsions à l’étranger.
La députée María del Mar Pizarro, membre du Pacte historique, a elle aussi mis en doute la justification sécuritaire avancée par le gouvernement.
« Les ressortissants étrangers qui commettent des crimes doivent être poursuivis en justice », a-t-elle déclaré à Al Jazeera. Mais, selon elle, expulser une personne uniquement parce que son statut migratoire est irrégulier relève davantage du « populisme » que d’une véritable politique de sécurité.
Elle souligne également les difficultés pratiques auxquelles pourrait se heurter le dispositif, notamment en raison de la longueur de la frontière terrestre séparant la Colombie du Venezuela.
Sans contrôle renforcé des frontières, estime-t-elle, le gouvernement risque de dépenser des sommes importantes pour expulser des migrants qui pourraient ensuite revenir sur le territoire colombien.
