Iran–États-Unis : six mois de guerre et l’ombre d’un conflit sans issue où les deux camps subissent de lourdes pertes.

Iran–États-Unis : six mois de guerre et l’ombre d’un conflit sans issue où les deux camps subissent de lourdes pertes.

Six mois après le déclenchement des hostilités, la guerre entre Washington et Téhéran a changé de visage. Aux bombardements ont succédé l’asphyxie économique, la bataille du pétrole et la guerre des nerfs autour du détroit d’Ormuz. L’Iran est durement éprouvé, mais ne plie pas. Les États-Unis ont frappé fort, mais peinent à transformer leur supériorité militaire en victoire politique. Entre les deux, les monarchies du Golfe redoutent de payer le prix d’un affrontement qu’elles ne contrôlent plus.

Le fracas des premières frappes a laissé place à une confrontation plus diffuse, plus silencieuse aussi, mais peut-être plus dangereuse. Les missiles et les bombardements ne constituent plus l’unique langage de cette guerre. Désormais, les sanctions, les restrictions financières, les exportations de pétrole, les routes maritimes et la menace d’une fermeture du détroit d’Ormuz sont devenues les nouvelles lignes de front.

Washington et Téhéran semblent ainsi pris dans un face-à-face dont aucun ne parvient à sortir. Les États-Unis disposent d’une supériorité militaire écrasante, mais cette puissance ne suffit pas à arracher à l’Iran la capitulation recherchée. Téhéran, profondément affaibli, conserve néanmoins suffisamment de capacités militaires, économiques et régionales pour empêcher Washington de proclamer une victoire définitive.

L’appareil iranien a été durement frappé, ses infrastructures militaires ont subi des dommages considérables et son économie est étranglée par les sanctions. Mais le régime est toujours là.
Cette capacité de survie a contraint Washington à changer progressivement de méthode.La guerre militaire s’est transformée en guerre économique.

L’administration de Donald Trump cherche désormais à couper les dernières sources de financement dont dispose Téhéran, à réduire ses recettes pétrolières et à empêcher le pouvoir iranien de maintenir simultanément son appareil d’État, ses forces armées et ses réseaux d’influence régionaux.

Le secrétaire américain au Trésor, Robert Bessant, a ainsi annoncé de nouvelles sanctions visant les circuits financiers et commerciaux permettant encore à l’Iran de générer des revenus.

Le message de Washington est sans ambiguïté : si les frappes n’ont pas suffi, l’économie doit prendre le relais.

À Washington, certains responsables présentent cette offensive comme un tournant décisif.Robert Bessant est même allé jusqu’à comparer la nouvelle campagne de sanctions au débarquement de Normandie de 1944. Une formule spectaculaire, qui traduit l’ambition de l’administration Trump de présenter la pression économique comme l’arme capable de faire basculer la guerre.

Selon les données citées du Centre statistique iranien, l’inflation annuelle aurait atteint 66 % en juillet. Les prix à la consommation auraient progressé de 87,9 % sur un an, tandis que les prix alimentaires auraient bondi de 128 %.

Le conflit ne se mesure donc plus seulement en missiles interceptés, en installations détruites ou en pertes militaires. Il se mesure aussi dans les marchés, les commerces et les foyers iraniens.

La dégradation économique réduit les ressources de l’État au moment même où les dépenses liées à la guerre augmentent.Le président iranien Peskov a reconnu l’ampleur des difficultés, évoquant une multiplication des problèmes alors que les revenus du pays diminuent.

Téhéran dispose encore de plusieurs instruments : capacités militaires résiduelles, réseaux régionaux, moyens de pression sur les routes maritimes et surtout la possibilité de faire payer à ses adversaires et à leurs alliés le prix de la poursuite de la guerre.C’est cette capacité de nuisance qui empêche Washington de transformer son avantage militaire en règlement définitif.

La stratégie iranienne pourrait alors consister non pas à vaincre les États-Unis, objectif hors de portée, mais à rendre leur victoire suffisamment coûteuse pour qu’ils finissent par rechercher un compromis. Une logique classique de guerre asymétrique : ne pas être capable de gagner, mais être capable d’empêcher l’autre de gagner.

Six mois après les premières frappes, le conflit américano-iranien n’est donc plus seulement une guerre entre deux puissances ennemies. Une guerre dans laquelle Washington cherche à étouffer Téhéran sans avoir à reconquérir le terrain par les armes ; une guerre dans laquelle l’Iran tente de survivre suffisamment longtemps pour rendre la victoire américaine trop coûteuse ; une guerre enfin dans laquelle les monarchies du Golfe espèrent rester à distance du brasier.

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