Soutien de la Chine à l’Iran : une solidarité à géométrie variable face à la pression américaine
Alors que Washington durcit son blocus naval et ses sanctions contre Téhéran, Pékin multiplie les appels à la désescalade sans pour autant rompre avec ses partenaires du Golfe. Entre achats de pétrole en baisse et investissements en retrait, la relation sino-iranienne révèle ses limites structurelles.
La Chine reste, sur le papier, le principal filet de sécurité économique de l’Iran. Mais dans les faits, son soutien à Téhéran s’arrête là où commencent ses intérêts plus larges au Moyen-Orient et sa relation avec Washington.
Depuis le début du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février, Pékin a absorbé jusqu’à 90% des exportations de pétrole iranien, offrant une bouée de sauvetage vitale à un régime asphyxié par les sanctions. Pourtant, ce pétrole ne représente que 2% du mix énergétique chinois, et les grandes raffineries d’État comme Sinopec ou PetroChina évitent depuis des années le brut iranien, laissant ce commerce à des raffineurs indépendants, dits « théières », moins exposés au système financier en dollars.
La donne a changé avec le rétablissement du blocus naval américain sur le détroit d’Ormuz le 14 juillet. Pour la première fois, l’Iran n’a pratiquement plus exporté de brut par cette voie pendant sept semaines, faisant chuter ses chargements d’environ 2 millions de barils par jour (bpj) en mars à seulement 220 000–255 000 bpj en août.
Les données de suivi maritime Kpler, Vortexa et TankerTrackers.com confirment qu’aucune cargaison fraîche n’a pu transiter vers la Chine depuis, obligeant Téhéran à vendre depuis ses stocks flottants en Asie, sans pouvoir les reconstituer.
Cette vulnérabilité iranienne met en lumière l’asymétrie de la relation sino-iranienne. Téhéran dépend bien plus de Pékin que l’inverse, et la Chine conserve de solides liens énergétiques et commerciaux avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak ou la Russie.
« Pour la Chine, l’Iran est précieux, mais remplaçable à bien des égards », résume Mordechai Chaziza, expert de la politique chinoise au Moyen-Orient. « Le résultat idéal pour Pékin est un Iran stable et souverain, mais pas un Iran dont la confrontation avec Washington ou les monarchies du Golfe obligerait la Chine à choisir son camp. »
La visite de Xi Jinping en Égypte cette semaine, la première depuis dix ans, illustre cette logique d’équilibre. Le président chinois a appelé les pays du Moyen-Orient à s’opposer à « l’ingérence extérieure » et à privilégier une résolution diplomatique de la guerre en Iran, tout en approfondissant les partenariats stratégiques avec Le Caire.
Sur le plan des investissements, le décalage est tout aussi net. Malgré un « accord de partenariat stratégique global » signé en 2021 prévoyant jusqu’à 400 milliards de dollars d’investissements chinois en 25 ans, les projets concrets peinent à se matérialiser. En 2023, un responsable iranien estimait les investissements réalisés à seulement 185 millions de dollars, pointant la réticence des entreprises chinoises face aux sanctions et à l’opacité bureaucratique iranienne.
« Il n’y a aucun intérêt pour les entreprises chinoises à renoncer à leurs liens avec le système financier international pour développer leurs activités en Iran », analyse Andrea Ghiselli, du projet ChinaMed.
Pour les analystes, la relation sino-iranienne reste avant tout transactionnelle. « Je ne pense pas qu’il s’agisse de l’alliance que certains imaginent », estime Kerri Bitsoff, ancienne responsable du Trésor américain. « C’est davantage une relation commerciale dont l’Iran ne peut se désengager. »
Pékin continuera probablement à s’opposer politiquement aux sanctions secondaires américaines et à défendre ses intérêts commerciaux légitimes. Mais ses grandes banques et entreprises d’État restent très conscientes des risques, et rien n’indique que la Chine soit prête à sacrifier sa stabilité régionale ou ses relations avec Washington pour garantir l’économie iranienne.
