Pétrole : le Brent bondit à 107 dollars, la Chine au cœur de la prochaine hausse

Pétrole : le Brent bondit à 107 dollars, la Chine au cœur de la prochaine hausse

Les prix du pétrole ont bondi de plus de 6 % jeudi, enregistrant leur plus forte hausse en une seule journée depuis près de deux mois. Le Brent et le WTI ont franchi le seuil symbolique des 100 dollars le baril, alors que les attaques contre les navires et les perturbations du trafic maritime s’étendent au Moyen-Orient. La poursuite de cette envolée dépendra désormais largement de la Chine, premier importateur mondial de brut.

Les contrats à terme sur le Brent ont terminé la séance de jeudi en hausse de 6,42 dollars, soit 6,34 %, à 107,63 dollars le baril. Le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, a progressé de 6,43 dollars, soit 6,69 %, pour atteindre 102,48 dollars.

Les deux références ont ainsi atteint leur plus haut niveau depuis le 19 mai. La hausse s’est poursuivie vendredi en début de séance : le Brent évoluait autour de 108,68 dollars et le WTI à 103,45 dollars. Sur l’ensemble de la semaine, les deux contrats affichaient une progression proche de 13 %, leur plus forte hausse hebdomadaire depuis la mi-juillet.

Cette flambée intervient alors que les attaques contre les navires se multiplient dans la région. La prise de contrôle du port yéménite de Mocha par les Houthis, soutenus par l’Iran, accentue les inquiétudes concernant la navigation dans le sud de la mer Rouge et les accès au détroit de Bab el-Mandeb.

Le marché pétrolier se retrouve ainsi confronté à une accumulation de risques sur plusieurs fronts maritimes à la fois.La situation ne se limite désormais plus au détroit d’Ormuz. Ce passage stratégique, par lequel transitaient avant le conflit près de 20 millions de barils de pétrole et de produits raffinés par jour, reste fortement perturbé par les attaques visant des navires dans le Golfe.

Les données de suivi maritime indiquaient que seuls sept navires avaient franchi le détroit mercredi, soit environ la moitié de la moyenne enregistrée au cours des dix jours précédents.

La progression des Houthis le long de la côte yéménite ouvre parallèlement un deuxième front de risque autour de Bab el-Mandeb. Le contrôle de Mocha, combiné à la pression exercée autour des îles Hanish et des accès au détroit, renforce les inquiétudes sur la sécurité de l’une des principales voies maritimes reliant le Moyen-Orient à l’Europe et à l’Asie.

Cette situation est particulièrement sensible pour l’Arabie saoudite. Depuis la perturbation du trafic dans le détroit d’Ormuz, le royaume dépend davantage de ses infrastructures et de ses voies d’exportation situées sur la façade de la mer Rouge. Une dégradation de la sécurité dans cette zone réduirait à son tour les possibilités d’acheminement du brut vers les marchés internationaux.

Le risque redouté dépasse donc désormais la simple perturbation du trafic maritime. Les analystes surveillent également les terminaux d’exportation, les installations de production et les infrastructures de raffinage. À mesure que les foyers de tension se multiplient, le marché commence à intégrer la possibilité d’un choc prolongé sur l’offre mondiale.

La question centrale est désormais de savoir si cette flambée peut s’installer dans la durée. Une grande partie de la réponse se trouve en Chine.

Premier importateur mondial de pétrole brut, Pékin peut amplifier le mouvement haussier en poursuivant la reconstitution de ses stocks ou, au contraire, contribuer à l’essouffler si ses raffineries réduisent leurs achats face à un pétrole durablement supérieur à 100 dollars.

Les importations maritimes chinoises ont légèrement progressé en août, à 7,14 millions de barils par jour contre 6,93 millions en juillet. Elles restent toutefois près de 40 % inférieures à leur moyenne au cours des trois mois précédant le début du conflit avec l’Iran.

Cette faiblesse constitue pour l’instant un élément de modération du marché. La Chine a en effet tendance à profiter des phases de baisse pour renforcer ses stocks et à ralentir ses achats lorsque les prix deviennent trop élevés.

Mais une reprise durable de la demande chinoise changerait complètement l’équation. Si les raffineries chinoises continuent d’augmenter leurs achats alors que les flux du Moyen-Orient restent menacés, le marché ferait face à une combinaison particulièrement explosive : une demande plus solide confrontée à une offre déjà fragilisée.

Les importations chinoises de pétrole russe illustrent déjà cette évolution. Elles ont atteint 1,68 million de barils par jour en août, contre 1,40 million en juillet, retrouvant leur plus haut niveau depuis mars.

Dans le même temps, les exportations chinoises de produits raffinés ont également progressé. Une amélioration des marges de raffinage pourrait ainsi inciter les raffineurs chinois à accroître leurs achats de brut, y compris si les prix internationaux restent élevés.

Le comportement de Pékin devient donc un indicateur particulièrement suivi par les marchés. Une Chine prudente pourrait empêcher la flambée actuelle de se transformer en tendance durable. Une Chine plus agressive sur les achats de brut pourrait, au contraire, donner un nouvel élan au pétrole.

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