Sanctions américaines : l’assaut sur les circuits d’argent de l’Iran et du Hezbollah, de l’Irak au Liban
Les États-Unis ont déclenché une nouvelle offensive contre les réseaux financiers et logistiques accusés de soutenir l’Iran et ses alliés armés au Moyen-Orient. Les sanctions annoncées le 10 septembre visent des responsables de Kataïb Hezbollah en Irak, des financiers du Hezbollah au Liban ainsi que des intermédiaires installés en Turquie. Washington cherche désormais à frapper non seulement les organisations, mais surtout les circuits qui leur permettent de transférer, convertir et dissimuler leurs fonds.
La pression américaine sur les réseaux liés à l’Iran s’étend désormais bien au-delà des frontières iraniennes. Le département du Trésor américain a annoncé une nouvelle série de sanctions visant plusieurs individus et entreprises accusés de contribuer au financement de Kataïb Hezbollah, en Irak, et du Hezbollah libanais.
Cette offensive s’inscrit dans l’« opération Economic Outcast », lancée le 24 août, dont l’objectif affiché est de réduire les ressources financières permettant à l’Iran et à ses réseaux partenaires de financer leurs activités militaires, leurs programmes de missiles, leurs opérations cybernétiques et les activités de la Force Qods des Gardiens de la révolution islamique.
La nouvelle vague de sanctions dessine surtout une carte des circuits financiers surveillés par Washington. De Bagdad à Beyrouth, en passant par Dubaï et la Turquie, les États-Unis ciblent les intermédiaires qui permettent aux fonds de circuler malgré les sanctions.
En Irak, quatre membres ou commandants de Kataïb Hezbollah ont été désignés par l’Office of Foreign Assets Control, l’organisme du Trésor chargé de l’application des sanctions américaines.
Il s’agit d’Ali Hasan Farhan Al-Lami, présenté comme un haut commandant, ainsi que de Hussein Ahmed Hussein Al-Dhuhaibawi, Mohamed Ameen Fadhil Ali Al-Shaikhli et Karrar Mohammed Qasim Al-Hraishawi.
Washington ne s’est toutefois pas limité aux structures directement liées à Kataïb Hezbollah. Plusieurs responsables associés aux Forces de mobilisation populaire, les PMF, sont également visés.
Parmi eux figure Abbas Jawad Kadhim al-Tamimi, responsable de la direction de l’équipement technique des PMF. Les autorités américaines l’accusent notamment de faciliter l’accès à des équipements de défense et de contribuer au soutien apporté à la Force Qods.
Abdullah Nazim Laibi Al-Amiri, fondateur de la société Al-Buruj General Contracting, est également sanctionné. Son entreprise est présentée comme un fournisseur de biens et de services aux PMF, notamment pour la maintenance d’hélicoptères russes.Khaldoun Nasser Maryoush Al-Abada, représentant d’une société liée aux achats de défense des PMF, figure également parmi les personnes ciblées.
À travers ces désignations, Washington cherche donc à frapper une chaîne beaucoup plus large que le simple financement direct des milices : acquisition d’équipements, maintenance, conseil technique, importations et prestations commerciales.
Au Liban, l’offensive américaine s’attaque à un autre maillon essentiel : les circuits de transfert de liquidités vers le Hezbollah.Selon les autorités américaines, des changeurs et intermédiaires financiers libanais auraient joué un rôle central dans le transfert de sommes considérables en provenance de la Force Qods.Hussein Ibrahim et Abdullah Hamieh sont ainsi accusés d’avoir transféré des centaines de millions de dollars de la Force Qods au Hezbollah entre mai et septembre 2025.
D’autres acteurs auraient été chargés de la réception physique des devises. Osama Jaber, présenté comme lié au Hezbollah, et Ghaith Hussein Wahbi, décrit comme un coursier financier, sont notamment cités dans ce dispositif.
L’objectif américain est clair : empêcher les réseaux financiers du Hezbollah de convertir des ressources provenant d’Iran en liquidités immédiatement disponibles au Liban et dans la région.
Washington cible également des structures utilisant le commerce de l’or et les sociétés de change pour contourner les restrictions financières.Hamdi Zahereddine est accusé d’avoir dirigé, avec l’aide de membres de sa famille, plusieurs activités de change et de négoce de métaux précieux, notamment à travers YIM Exchange et Gold Pro SARL.
Sa sœur Mirvat Jamil Zahreddine ainsi qu’Amir al-Makansi, présenté comme un associé opérant entre la Syrie et la Turquie, figurent également parmi les personnes sanctionnées.
Le choix de ces cibles montre l’importance accordée par Washington aux mécanismes permettant de transformer des fonds difficiles à transférer en actifs plus facilement déplaçables ou dissimulables.
