Somalie : les pirates libèrent un cargo après près de cinq mois de détention
Les pirates somaliens ont libéré vendredi le cargo M/V Sward, détourné fin avril au large des côtes du Puntland, avec ses 17 membres d’équipage retenus depuis près de cinq mois. La libération serait intervenue après le versement d’une rançon, selon plusieurs sources sécuritaires du Puntland, alors que la piraterie connaît depuis plusieurs mois une inquiétante recrudescence dans les eaux somaliennes et le golfe d’Aden.
Le navire avait été capturé le 26 avril près des côtes du Puntland, région semi-autonome du nord-est de la Somalie. À son bord se trouvaient 15 ressortissants syriens et deux Indiens. Après plusieurs mois de captivité, l’équipage est resté à bord lorsque les pirates ont abandonné le navire à proximité de Garacad, un port du Puntland.
Selon une source sécuritaire citée par l’AFP, les pirates ont quitté le Sward après avoir reçu une rançon, sans que le montant du paiement soit communiqué. Ils auraient ensuite rejoint la terre à bord de plusieurs véhicules et pénétré dans la localité de Garacad.
Cette opération illustre surtout le fonctionnement d’un réseau qui semble avoir reconstitué une partie des capacités de la piraterie somalienne. Le Sward n’aurait pas seulement servi de navire détourné : il aurait également été utilisé comme « navire-mère », permettant aux pirates de lancer depuis le large des embarcations rapides contre d’autres navires.
D’après plusieurs sources sécuritaires du Puntland, le cargo aurait ainsi été utilisé à au moins deux reprises pour mener de nouvelles opérations. Les pirates s’en seraient servis pour approcher et attaquer deux bateaux de pêche iraniens ainsi que le cargo M/V Lutuf, tous deux finalement libérés contre rançon.
Le cas du Sward montre également que les pirates disposent de relais à terre capables de suivre les mouvements des navires et d’organiser leur retour. Selon une autre source sécuritaire, des véhicules attendaient les hommes avant même leur arrivée à Garacad, ce qui suggère que le groupe maintenait des communications avec son réseau terrestre pendant toute la période passée en mer.
Le paiement effectué pour la libération du Sward constituerait, selon une source sécuritaire, le troisième versement reçu par ce groupe depuis avril.
La libération du cargo intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Le golfe d’Aden et les côtes somaliennes connaissent depuis plusieurs mois une remontée des actes de piraterie, après une période durant laquelle les patrouilles internationales et les mesures de sécurité adoptées par les navires avaient fortement réduit les détournements.
Selon les données de l’Organisation maritime internationale, au moins 15 attaques ont été recensées en 2026, soit le niveau le plus élevé depuis 2013.
Cette remontée fait craindre une nouvelle installation durable de la piraterie dans une zone maritime stratégique. Le golfe d’Aden constitue en effet l’une des principales voies de passage entre l’océan Indien et la mer Rouge. Des milliers de navires commerciaux y transitent chaque année, notamment ceux reliant l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe.
La libération du Sward ne signifie pas pour autant la fin de la crise. Quatre pétroliers détournés cette année restent aux mains de pirates au large des côtes somaliennes : l’Honour 25, l’Eureka, l’Asana et le Seamull, également connu sous le nom de Sibu 1.
Le cas du Seamull est particulièrement sensible. Le navire appartient à la « flotte fantôme » utilisée pour transporter clandestinement du pétrole iranien et fait l’objet de sanctions américaines.
La présence de ces navires sous contrôle de pirates montre que les groupes opérant au large de la Somalie disposent toujours de capacités suffisantes pour retenir des bâtiments pendant de longues périodes.
Face à cette résurgence, les autorités somaliennes affirment vouloir renforcer les opérations contre les groupes pirates. Le gouvernement fédéral de Mogadiscio assure notamment que la libération du M/V Lutuf avait été obtenue grâce à une pression militaire soutenue exercée par la marine turque et les forces somaliennes.
Selon les autorités fédérales, plusieurs embarcations utilisées par les pirates ont été détruites et 14 pirates auraient été tués au cours de ces opérations.
L’implication de la Turquie revêt une importance particulière. Ankara entretient des relations étroites avec Mogadiscio et constitue l’un des principaux partenaires militaires et sécuritaires de la Somalie. La coopération entre les deux pays pourrait donc prendre une importance croissante alors que les attaques en mer se multiplient.
Mais la réponse militaire ne suffira pas à elle seule. La piraterie somalienne trouve également ses racines dans la faiblesse des infrastructures côtières, la pauvreté, l’absence de contrôle effectif de certaines zones et la capacité des réseaux criminels à s’appuyer sur des relais locaux.
