Brics : Xi Jinping à New Delhi, la rivalité avec l’Inde au cœur des inquiétudes américaines

Brics : Xi Jinping à New Delhi, la rivalité avec l’Inde au cœur des inquiétudes américaines

Le sommet des Brics qui s’ouvre à New Delhi est scruté de près à Washington. Derrière les discussions consacrées aux guerres au Moyen-Orient et en Ukraine, à l’énergie, au commerce et aux bouleversements de l’ordre mondial, une autre question s’impose : jusqu’où l’Inde et la Chine sont-elles prêtes à rapprocher leurs positions alors que la rivalité entre les deux puissances asiatiques reste profonde ?

Pour la presse américaine, la rencontre entre Narendra Modi et Xi Jinping constitue l’un des principaux enjeux du sommet. Le New York Times estime notamment que la question centrale est de savoir lequel des deux dirigeants parviendra à s’imposer comme la voix la plus influente du monde en développement. Pékin considère les Brics comme un instrument capable de contester la puissance américaine, tandis que New Delhi cherche à préserver un groupe suffisamment large et ouvert pour éviter que les pays du Sud global soient contraints de choisir entre Washington et Pékin.

Cette évolution intervient alors que les guerres, la flambée des prix de l’énergie, les droits de douane américains et la compétition dans l’intelligence artificielle poussent de nombreux pays à revoir leurs relations avec les deux grandes puissances. Pour Pékin, l’un des principaux sujets de préoccupation reste précisément le rapprochement stratégique entre l’Inde et les États-Unis.

La visite de Xi Jinping à New Delhi intervient ainsi à un moment particulièrement sensible. Il s’agit de son premier déplacement en Inde depuis 2019, après la grave crise provoquée par les affrontements meurtriers de 2020 sur la frontière himalayenne. Depuis 2024, les deux capitales ont toutefois engagé une reprise prudente du dialogue, avec plusieurs gestes destinés à réduire les tensions.

Mais cette détente reste limitée. La frontière disputée, la proximité entre la Chine et le Pakistan et la compétition stratégique dans l’océan Indien continuent de peser lourdement sur les relations bilatérales. New Delhi, de son côté, poursuit son rapprochement avec Washington, Tokyo et Canberra au sein du Quad, tout en maintenant des relations étroites avec Moscou et en développant ses échanges avec Pékin.

Cette position devient particulièrement délicate pour Narendra Modi. Le Wall Street Journal souligne que l’incertitude entourant les relations de l’Inde et de la Chine avec les États-Unis offre aux deux voisins l’occasion de réduire leurs tensions. Le refroidissement des relations entre Washington et New Delhi, notamment sur la question des achats indiens de pétrole russe, contribue à modifier temporairement les équilibres.

L’Inde tente donc de reprendre une marge de manœuvre stratégique. Elle ne veut ni rompre avec les États-Unis, ni abandonner ses liens historiques avec la Russie, ni laisser la Chine occuper seule l’espace diplomatique du Sud global. Cette politique d’équilibre est devenue encore plus complexe avec l’élargissement des Brics et l’entrée de nouveaux acteurs aux intérêts parfois contradictoires.

Le sommet réunit en effet des puissances qui ne partagent pas la même lecture des crises internationales. La Russie et la Chine restent proches de l’Iran, tandis que l’Inde entretient elle aussi des relations anciennes avec Moscou et Téhéran, tout en renforçant parallèlement ses partenariats avec les États-Unis et leurs alliés.

La guerre au Moyen-Orient pourrait ainsi constituer l’une des principales lignes de fracture du sommet. Le conflit autour de l’Iran a profondément bouleversé les équilibres énergétiques et diplomatiques, alors que le blocage du détroit d’Ormuz continue de peser sur les marchés pétroliers. Le Brent, repassé au-dessus de 100 dollars cette semaine, rappelle directement aux économies émergentes le coût des crises géopolitiques.

La guerre en Ukraine ajoute une autre source de tension. Narendra Modi tente depuis plusieurs années de maintenir un dialogue avec Vladimir Poutine tout en évitant de se couper des puissances occidentales. La Russie, de son côté, demeure l’un des principaux partenaires militaires et énergétiques de l’Inde.

Cette accumulation de contradictions révèle les limites du projet des Brics. Le groupe veut peser davantage dans le nouvel ordre mondial, mais ses membres ne forment pas un bloc homogène. Leurs intérêts économiques, leurs alliances militaires et leurs positions sur les conflits internationaux divergent souvent profondément.

Pour Washington, le rapprochement entre Pékin et New Delhi constitue donc un enjeu stratégique majeur. Une amélioration durable des relations sino-indiennes pourrait réduire la capacité des États-Unis à s’appuyer sur l’Inde comme contrepoids à la puissance chinoise en Asie. Mais une véritable réconciliation reste difficile à imaginer tant que persistent les différends frontaliers, la rivalité dans l’océan Indien et la proximité entre Pékin et Islamabad.

Le sommet de New Delhi apparaît ainsi comme un exercice d’équilibriste pour Narendra Modi. Il doit accueillir Xi Jinping, Vladimir Poutine et le président iranien Massoud Pezeshkian tout en préservant ses partenariats avec Washington, l’Europe, le Japon et l’Australie.

Derrière les déclarations sur la coopération et la défense d’un monde multipolaire, le sommet des Brics expose donc une réalité plus complexe : la Chine veut renforcer son influence, l’Inde veut éviter de tomber dans l’orbite de Pékin et les États-Unis observent attentivement chaque signe de rapprochement entre leurs deux grands rivaux asiatiques.

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