Hydrocarbures : Alger plante Sonatrach, cheval de Troie au cœur du Sahel énergétique

Hydrocarbures : Alger plante Sonatrach, cheval de Troie au cœur du Sahel énergétique

De Kafra à Bilma, de la raffinerie de Zinder au pétrole brut, l’Algérie cherche à étendre l’empreinte de Sonatrach au Niger. Derrière l’aide technique et le transfert d’expertise, c’est un vaste dispositif énergétique qui se dessine, avec le gazoduc transsaharien en ligne de mire.

L’Algérie ne veut plus se contenter d’un rôle de partenaire technique au Niger. À Niamey, Mohamed Arkab a affiché une ambition beaucoup plus large : accompagner la transformation du secteur des hydrocarbures nigérien tout en renforçant la présence de Sonatrach sur plusieurs segments stratégiques. Exploration, production, raffinage, commercialisation, formation et infrastructures gazières : le champ de coopération s’élargit et place progressivement le groupe pétrolier algérien au centre du dispositif énergétique nigérien.

La visite du ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, intervient alors que Niamey cherche à mieux valoriser ses ressources et à développer ses capacités industrielles. Chargé par le président Abdelmadjid Tebboune de suivre les projets et accords bilatéraux, Mohamed Arkab s’est entretenu avec son homologue nigérien Hamadou Tini en présence du PDG de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, et de plusieurs hauts responsables du groupe. Une délégation qui donne le ton : le dossier nigérien n’est pas traité comme une simple coopération administrative, mais comme un chantier énergétique impliquant directement le bras industriel de l’Algérie.

Au cœur de cette offensive figure le bloc pétrolier de Kafra, dans le nord du Niger. Sonatrach y mène déjà des opérations de recherche et d’exploration. Alger entend désormais consolider cette présence et accompagner les différentes étapes devant conduire au développement et à la production. Le Niger a, de son côté, mis sur la table de nouveaux blocs, notamment celui de Bilma. Une perspective qui pourrait élargir davantage le périmètre d’intervention du groupe algérien.

Kafra et Bilma ne sont donc pas de simples dossiers techniques. Ils constituent les points d’ancrage d’une coopération appelée à couvrir toute la chaîne pétrolière. Le renforcement de la coordination entre Sonatrach et Sonidep doit permettre au Niger de mieux structurer ses activités d’exploration et de production, tout en bénéficiant des compétences accumulées par le groupe algérien.

Mais le véritable enjeu se trouve aussi en aval. La raffinerie de Zinder, dont les travaux de maintenance font partie des dossiers examinés, doit bénéficier de l’expertise de Sonatrach et de ses filiales. Formation, transfert de savoir-faire et renforcement des compétences locales figurent au programme. Derrière cette coopération industrielle se profile une question essentielle pour Niamey : ne plus seulement extraire son pétrole, mais augmenter sa capacité à le transformer et à en tirer davantage de valeur sur son propre territoire.

La commercialisation constitue un autre terrain de rapprochement. Sonatrach doit accompagner Sonidep dans la valorisation du brut nigérien, notamment dans les domaines de la négociation et de la commercialisation. Pour un pays producteur, la maîtrise de cette étape est déterminante. Produire du pétrole ne garantit pas à lui seul une pleine maîtrise de la rente énergétique. Les capacités de négociation, l’accès aux marchés et la connaissance des circuits commerciaux pèsent directement sur la valeur tirée des ressources.

C’est précisément sur cette chaîne complète que l’Algérie entend positionner son expertise. Sonatrach n’est plus seulement appelée à explorer le sous-sol nigérien. Elle est sollicitée pour contribuer à la production, au raffinage, à la commercialisation et à la formation. Une présence qui donne à la coopération énergétique une profondeur nouvelle.

Et au-dessus de tous ces projets plane le gazoduc transsaharien, le TSGP, reliant le Nigeria à l’Algérie à travers le Niger. Le projet demeure l’un des grands axes de la coopération énergétique régionale. Sa concrétisation permettrait de créer une infrastructure gazière traversant le Sahara et reliant trois pays disposant d’importantes ressources énergétiques. À Niamey, Alger et les autorités nigériennes ont réaffirmé son importance stratégique pour l’intégration énergétique africaine.

Le TSGP donne ainsi une autre dimension à la présence algérienne. Avec Kafra, Bilma et Zinder, Alger travaille sur les ressources et les capacités industrielles nigériennes ; avec le gazoduc, elle vise une infrastructure qui dépasse largement les frontières des deux pays. L’ensemble compose un maillage énergétique dont Sonatrach constitue l’un des principaux instruments.

Mohamed Arkab a réaffirmé la disponibilité de l’Algérie à poursuivre cet accompagnement par le transfert d’expertise, la formation, l’échange de connaissances et le renforcement des capacités. Le ministre nigérien du Pétrole a, pour sa part, salué l’expérience algérienne et affiché la volonté de son pays d’élargir le partenariat.

La séquence de Niamey révèle surtout une évolution du rapport entre les deux pays. Le pétrole et le gaz deviennent un axe central d’une relation qui cherche désormais à s’inscrire dans la durée. Pour le Niger, l’enjeu est de transformer ses ressources en capacités industrielles et en revenus mieux maîtrisés. Pour l’Algérie, il s’agit de consolider l’un de ses principaux leviers économiques et industriels au cœur d’un espace sahélien en pleine recomposition.

Dans cette bataille énergétique, Sonatrach avance donc sur plusieurs fronts à la fois. Elle explore le sous-sol nigérien, apporte son expertise au raffinage, accompagne la commercialisation du brut et participe à la formation des compétences locales. Pendant ce temps, le TSGP maintient une perspective régionale beaucoup plus vaste.

Le pari d’Alger est désormais clair : À travers Sonatrach, l’Algérie cherche à prendre pied sur les principaux maillons de la chaîne énergétique nigérienne, de l’exploration à la commercialisation, en passant par le raffinage et la formation. Derrière Kafra, Bilma, Zinder et le TSGP se dessine un maillage énergétique appelé à renforcer durablement la présence algérienne au Niger.

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