Pétrole : le Brent se redresse, mais reste sous les 100 dollars, les marchés prudents sur l’issue du conflit avec l’Iran

Pétrole : le Brent se redresse, mais reste sous les 100 dollars, les marchés prudents sur l’issue du conflit avec l’Iran

Le prix du pétrole brut Brent pour livraison en janvier a inversé sa tendance jeudi, après une violente correction provoquée par les bouleversements politiques aux États-Unis et les perspectives d’une éventuelle désescalade entre Washington et Téhéran.

Tombé à son plus bas niveau depuis la fin du mois d’août, le Brent a rebondi de près de 4 % le 5 novembre, atteignant 98,04 dollars le baril, sans parvenir à franchir le seuil des 100 dollars. Cette remontée traduit surtout l’échec des anticipations de détente qui avaient précipité la chute des cours la veille. Les marchés découvrent que le revers électoral de Donald Trump ne suffit pas à éloigner le spectre d’une nouvelle escalade militaire. Les attaques contre les pétroliers, les menaces sur les voies maritimes et l’absence de progrès diplomatique entre Washington et Téhéran réinstallent le risque de rupture des approvisionnements au cœur des calculs des investisseurs.

La séance du 5 novembre a ainsi marqué un net retournement. Le Brent a gagné 3,42 dollars, soit 3,61 %, pour s’établir à 98,04 dollars le baril. Le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, a progressé de 2,33 dollars, soit 2,64 %, à 90,45 dollars. Cette reprise intervient au lendemain d’un véritable décrochage : les deux références avaient abandonné plus de 8 %, enregistrant leurs plus faibles niveaux de clôture depuis le 31 août. En l’espace de quelques heures, le marché est donc passé d’une anticipation de détente à une nouvelle évaluation des dangers qui pèsent sur le commerce énergétique.

principale inquiétude vient de la multiplication des incidents visant les navires dans le golfe Persique et les eaux environnantes. Depuis le début du mois de novembre, au moins cinq bâtiments ont signalé des incidents de cette nature, selon l’Autorité britannique du commerce maritime (UKMTO). Les informations faisant état de pétroliers heurtant des mines ou visés par des drones entretiennent la crainte d’une extension des perturbations. Pour les opérateurs, le problème ne se limite plus aux déclarations politiques ou aux menaces militaires : il concerne directement la sécurité des cargaisons, les assurances maritimes et la continuité des exportations.

Cette dégradation des conditions de navigation intervient alors que les marchés avaient commencé à intégrer l’hypothèse d’un recul de la confrontation. La victoire démocrate aux élections américaines de mi-mandat, avec la reprise du contrôle des deux chambres du Congrès, a profondément modifié les perspectives politiques de Donald Trump. Le coût de la guerre avec l’Iran, ses conséquences sur les prix de l’énergie et la pression exercée sur le pouvoir d’achat des ménages américains ont contribué à fragiliser le camp présidentiel. Le revers électoral a ainsi nourri l’idée que la Maison-Blanche pourrait être contrainte de revoir ses ambitions militaires.

Donald Trump a lui-même reconnu que le conflit avait pesé sur le résultat électoral de son parti. Le vice-président JD Vance a également évoqué le prix politique de cette intervention. Mais cette sanction électorale ne constitue pas une garantie de désengagement. Le président conserve des marges de manœuvre militaires et diplomatiques, tandis que les tensions avec Téhéran restent entières. Les marchés ont peut-être interprété trop rapidement le résultat des élections comme le prélude à une sortie de crise. Les événements survenus en mer rappellent que les réalités militaires ne suivent pas nécessairement le calendrier politique américain.

Les perspectives de négociations sont, elles aussi, loin de justifier l’optimisme initial. Les médiations engagées pour rapprocher Washington et Téhéran n’ont pas produit de progrès décisifs. L’Iran demeure inflexible sur plusieurs exigences que Donald Trump considère comme inacceptables. Le cabinet Eurasia Group a même abaissé de 20 % à 10 % la probabilité d’un accord entre les deux pays. Il a également revu à la baisse le risque d’une nouvelle opération militaire américaine, précédemment estimé à 65 %. Ces projections contradictoires illustrent surtout l’absence de scénario clairement dominant : ni la guerre généralisée ni la paix négociée ne peuvent être considérées comme acquises.

L’Arabie saoudite a mis en garde jeudi contre les risques pesant sur Yanbu, son principal port d’exportation pétrolière sur la mer Rouge, dans un contexte marqué par la poursuite des attaques des forces houthis au Yémen.. Une atteinte aux installations ou aux infrastructures d’acheminement saoudiennes pourrait compliquer davantage les exportations régionales. Pour le premier exportateur mondial de pétrole, la multiplication des zones de vulnérabilité constitue un problème stratégique qui dépasse largement les fluctuations quotidiennes des cours.

Le détroit d’Ormuz reste toutefois le point névralgique de cette crise. Toute interruption prolongée de la navigation dans ce passage, par lequel transite une part essentielle des exportations énergétiques mondiales, aurait des conséquences immédiates sur les disponibilités internationales. Les opérateurs savent qu’une dégradation supplémentaire de la situation pourrait provoquer un choc d’offre difficile à compenser rapidement. Le rebond du Brent traduit précisément cette inquiétude : derrière les variations des cotations, les marchés redoutent que les incidents maritimes ne deviennent le prélude à une paralysie plus large des échanges.

Pour autant, la remontée des cours ne signifie pas que le marché soit engagé dans une nouvelle envolée durable. Les fondamentaux de l’offre continuent de peser sur les anticipations. Selon JPMorgan, le marché mondial affichait un excédent estimé à 1,1 million de barils par jour en septembre, puis à 1,4 million en octobre. Si les perturbations géopolitiques s’atténuent et que les exportations retrouvent leur rythme habituel, cette abondance pourrait rapidement exercer une pression sur les prix.

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