Chute des cours du pétrole : le choc commence-t-il à perdre de sa violence ?
Le pétrole vient de subir un brutal retournement. Après avoir frôlé les 110 dollars la semaine dernière, le Brent est repassé sous la barre des 100 dollars, tandis que le WTI est tombé sous les 96 dollars. En quelques séances, le marché a effacé une partie de la flambée provoquée par les tensions au Moyen-Orient. De quoi calmer les inquiétudes ? Pas encore. La baisse traduit surtout un recul de la prime de risque, alors que la reprise des flux saoudiens et les signaux venus d’Iran nourrissent l’espoir d’une détente. Mais le détroit d’Ormuz reste sous tension et la menace d’une nouvelle rupture d’approvisionnement n’a pas disparu.
Le retournement est spectaculaire. Après plusieurs semaines marquées par une envolée des cours et la crainte d’un nouveau choc d’approvisionnement, le marché pétrolier vient d’enregistrer plusieurs séances consécutives de baisse. Lundi, le WTI a perdu 4,51 %, à 95,78 dollars le baril, tandis que le Brent a reculé de 3,4 %, à 100,34 dollars. Mardi, la pression baissière s’est poursuivie en séance, avec un recul de plus de 3 % pour le WTI et de plus de 2 % pour le Brent.
Le mouvement tranche avec la panique observée quelques jours plus tôt. Le Brent avait alors approché les 110 dollars, porté par les craintes d’une aggravation des perturbations dans le Golfe et par les attaques visant des infrastructures énergétiques saoudiennes. Le marché redoutait une réduction durable de l’offre mondiale et envisageait déjà le risque d’une nouvelle flambée..
L’un des principaux facteurs de détente vient d’Arabie saoudite. Riyad a engagé la remise en service de son oléoduc Est-Ouest, une infrastructure stratégique permettant d’acheminer le pétrole produit dans l’est du royaume vers Yanbu, sur la mer Rouge, en contournant le détroit d’Ormuz.
L’oléoduc peut théoriquement transporter jusqu’à 7 millions de barils par jour. Avant sa fermeture préventive, environ 4 millions de barils quotidiens pouvaient être détournés vers la mer Rouge. Sa remise en fonctionnement offre donc à l’Arabie saoudite une voie alternative pour maintenir une partie de ses exportations sans dépendre directement du passage par Ormuz.
Mais cette reprise ne peut pas être interprétée comme un retour immédiat à la normale. Plusieurs stations de pompage ont été endommagées et le rétablissement complet des capacités pourrait prendre plusieurs semaines. Autrement dit, le marché anticipe déjà des barils qui ne sont pas encore totalement revenus sur les marchés internationaux.
Les opérateurs commencent également à intégrer un autre scénario : celui d’une amélioration de la situation autour du détroit d’Ormuz. Un responsable iranien a indiqué que Téhéran pourrait envisager une réouverture du passage dans un délai de sept jours, sous certaines conditions liées à la pression militaire américaine et au blocus des ports iraniens.
L’information a immédiatement pesé sur les cours. Ormuz constitue en effet l’un des principaux points de passage du pétrole mondial et toute perspective de rétablissement des flux suffit à réduire une partie de la prime de risque intégrée dans les prix.
La réalité des mouvements maritimes montre que le verrou demeure extrêmement difficile à desserrer. Le trafic dans le détroit reste très inférieur à son niveau habituel et les perturbations continuent de compliquer les exportations énergétiques du Golfe. Avant l’escalade, environ 125 grands navires pouvaient traverser quotidiennement la zone. Lundi, seuls deux navires de marchandises auraient franchi le détroit.
C’est cette contradiction qui explique pourquoi la baisse actuelle des cours ne doit pas être confondue avec la fin du choc pétrolier. Les marchés commencent à parier sur une amélioration future de l’offre plutôt qu’à constater son rétablissement complet.
La situation au Yémen rappelle d’ailleurs que le risque géopolitique demeure entier. Des frappes aériennes saoudiennes ont visé la ville portuaire de Muha, dans la province de Taïz, selon la chaîne Al-Masirah contrôlée par les Houthis. Le bilan communiqué par cette source fait état de six morts et huit blessés. Riyad n’avait pas immédiatement réagi à ces informations.
Or, toute nouvelle escalade entre les Houthis et l’Arabie saoudite pourrait rapidement raviver les inquiétudes sur la sécurité des infrastructures énergétiques et des routes maritimes de la région.
Le marché reste donc suspendu à quelques points de rupture. Une reprise durable des flux saoudiens pourrait continuer à détendre les prix. Une amélioration autour d’Ormuz renforcerait encore ce mouvement. Mais une nouvelle attaque contre une infrastructure pétrolière, une fermeture prolongée du détroit ou l’échec des discussions diplomatiques pourrait provoquer un nouveau retournement.
En France, les automobilistes commencent déjà à percevoir les premiers effets du reflux du brut. Les prix à la pompe commencent à refluer après leur forte hausse. Mais la transmission de la baisse des cours internationaux aux consommateurs reste progressive. Les stocks constitués auparavant, les coûts du raffinage, le transport et la fiscalité ralentissent mécaniquement la répercussion du mouvement.Le recul du Brent constitue donc un signal favorable, mais pas encore une garantie de stabilisation durable.
