Éthiopie : rupture partielle avec l’Érythrée, dix diplomates expulsés et ambassade fermée à Asmara

Éthiopie : rupture partielle avec l’Érythrée, dix diplomates expulsés et ambassade fermée à Asmara

L’Éthiopie durcit le ton face à l’Érythrée. Addis-Abeba a annoncé jeudi 1er octobre l’expulsion de dix diplomates érythréens et la fermeture de son ambassade à Asmara, sur fond de tensions croissantes entre les deux pays. Le gouvernement éthiopien accuse son voisin d’« actes d’hostilité et de belligérance » et affirme que les diplomates visés se sont livrés à des activités constituant une « menace directe » pour la sécurité nationale.

Dans un communiqué, le ministère éthiopien des Affaires étrangères a déclaré les dix diplomates persona non grata et leur a donné 48 heures pour quitter le territoire. Addis-Abeba affirme que les représentants érythréens concernés étaient impliqués dans des activités contraires aux principes régissant les relations diplomatiques et à la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques.

La fermeture de l’ambassade éthiopienne à Asmara constitue une mesure particulièrement significative dans un contexte de dégradation des rapports entre les deux voisins. Addis-Abeba affirme qu’elle répond à des actes d’hostilité et de « belligérance » attribués directement ou indirectement à l’Érythrée. Le gouvernement éthiopien a également appelé les autorités d’Asmara à mettre fin à toute action qu’il considère comme contraire aux principes régissant les relations entre États souverains.

Cette décision intervient alors que les tensions sécuritaires se sont également accentuées dans le nord de l’Éthiopie. Le chef d’état-major de l’armée fédérale éthiopienne a récemment accusé l’Érythrée, ainsi que le Soudan et l’Égypte, de soutenir des groupes armés affrontant les forces gouvernementales. Ces accusations, qui n’ont pas été étayées publiquement dans le communiqué annonçant les expulsions, interviennent dans un contexte régional marqué par une multiplication des rivalités et des affrontements.

La situation reste particulièrement sensible au Tigré, région située à la frontière avec l’Érythrée. Après la guerre qui a opposé les forces fédérales éthiopiennes aux autorités tigréennes entre 2020 et 2022, les tensions ont persisté autour de la sécurité de cette région et du rôle des différents acteurs qui y sont présents. Des responsables tigréens ont récemment évoqué une « guerre totale » contre Addis-Abeba, faisant craindre une nouvelle dégradation de la situation.

Le contentieux entre l’Éthiopie et l’Érythrée dépasse toutefois le seul dossier tigréen. Les relations entre les deux pays sont également affectées par les ambitions éthiopiennes concernant son accès à la mer Rouge. Enclavée depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie cherche depuis plusieurs années à diversifier ses accès maritimes, une question devenue stratégique pour Addis-Abeba et source de fortes inquiétudes à Asmara.

La crise actuelle contraste avec le spectaculaire rapprochement intervenu en 2018. Après deux décennies de guerre et d’hostilité, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président érythréen Isaias Afwerki avaient signé un accord de paix qui avait permis la reprise des relations diplomatiques et des échanges entre les deux pays. Cette détente avait été saluée comme une avancée majeure pour la Corne de l’Afrique.

Mais cette période d’apaisement s’est progressivement effritée. La guerre au Tigré, l’implication de forces érythréennes dans ce conflit et les différends persistants sur les questions de sécurité ont ravivé la méfiance entre Addis-Abeba et Asmara. Les accusations réciproques se sont depuis multipliées, alors que les deux capitales restent engagées dans un rapport de force régional plus large.

Malgré les mesures annoncées jeudi, Addis-Abeba assure vouloir préserver les liens historiques entre les deux peuples. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères souligne l’importance des relations humaines, culturelles et historiques avec l’Érythrée et affirme rester attaché à la coexistence pacifique, au règlement des différends et à la stabilité régionale.

L’Éthiopie dit également vouloir poursuivre sa coopération avec les autres pays de la Corne de l’Afrique afin de promouvoir la paix, la sécurité et l’intégration régionale. Mais l’expulsion des dix diplomates et la fermeture de l’ambassade à Asmara constituent un sérieux durcissement diplomatique.

Cette rupture reste toutefois partielle : Addis-Abeba n’annonce pas la fin des relations diplomatiques avec Asmara et affirme parallèlement privilégier le dialogue et le règlement pacifique des différends. La mesure témoigne néanmoins de la profondeur de la crise entre les deux voisins, alors que les questions du Tigré, de l’accès à la mer Rouge et du soutien présumé à des groupes armés continuent de peser sur l’équilibre de la Corne de l’Afrique.

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