Zimbabwe : l’homme d’affaires proche du pouvoir Wicknell Chivayo et son épouse parmi les six corps brûlés dans un crash d’hélicoptère
Le Zimbabwe est sous le choc après la mort du très médiatique homme d’affaires Wicknell Munodaani Chivayo et de son épouse, Lucy Muteke, dans le crash d’un hélicoptère qui a fait six morts, mercredi 30 septembre 2026. L’appareil s’est écrasé dans une zone rurale du district de Marondera, à environ 72 kilomètres à l’est de Harare, avant de prendre feu. Aucun des six occupants, dont deux pilotes, n’a survécu.
Selon les premiers éléments communiqués par la police, l’accident s’est produit vers 15 heures, heure locale, après le décollage de l’appareil depuis la résidence familiale de Gandami, dans la région rurale de Chikomba. Les circonstances exactes du crash restent inconnues. Une enquête a été ouverte afin de déterminer les causes de l’accident et d’établir les éventuelles responsabilités.
La violence de l’incendie qui a suivi l’impact a rendu l’identification des victimes particulièrement difficile. Les enquêteurs ont dû recourir à des analyses ADN et à d’autres procédures d’identification. Dans les premières heures qui ont suivi le crash, les autorités s’étaient montrées prudentes sur l’identité des passagers, évoquant seulement la présence à bord d’un « homme d’affaires de premier plan ». La famille de Chivayo a ensuite confirmé sa mort, avant que le président Emmerson Mnangagwa ne rende officiellement hommage au couple.
La nouvelle a rapidement dominé l’actualité zimbabwéenne, des journaux aux conversations dans les rues de Harare. À 43 ans, Wicknell Chivayo était devenu l’une des personnalités les plus connues du monde des affaires dans le pays. Son nom était associé aussi bien à d’importants projets énergétiques qu’à un train de vie particulièrement spectaculaire et à une présence constante sur les réseaux sociaux.
Sous le pseudonyme de « Sir Wicknell », il mettait régulièrement en scène sa réussite, affichant voitures de luxe, propriétés et importantes distributions d’argent. Il s’était également forgé une réputation de philanthrope en offrant des véhicules, en finançant des logements, en prenant en charge des soins médicaux ou en effectuant d’importants dons à des églises et à des particuliers.
Le président Emmerson Mnangagwa a présenté Wicknell Chivayo et son épouse comme des « philanthropes accomplis », saluant leurs nombreux actes de générosité. Selon le chef de l’État, les sommes consacrées par le couple à des œuvres caritatives se chiffraient en millions de dollars.
Mnangagwa a également indiqué que le couple avait perdu la vie alors qu’il revenait de Gandami, dans la région de Chikomba, où il travaillait à la mise en place de structures familiales et communautaires. Le président a ainsi inscrit leur action dans le cadre du développement rural et des investissements privés dans les zones rurales.
Au Kenya, le président William Ruto a lui aussi rendu hommage à l’homme d’affaires, témoignant de l’ampleur du réseau de relations que Chivayo avait développé au-delà des frontières du Zimbabwe.
La trajectoire de Chivayo était étroitement liée aux milieux politiques et économiques zimbabwéens. Il entretenait des relations avec le président Mnangagwa et avec des responsables de la ZANU-PF, le parti au pouvoir. Il avait également noué des liens avec plusieurs dirigeants africains, dont le président sud-africain Cyril Ramaphosa, la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan, le roi Mswati III d’Eswatini et le président kényan William Ruto.
Cette proximité avec les cercles du pouvoir avait contribué à faire de lui l’une des figures les plus visibles d’une nouvelle génération d’hommes d’affaires zimbabwéens. Elle alimentait aussi régulièrement les interrogations sur les relations entre les milieux politiques, les contrats de l’État et l’émergence de grandes fortunes privées.
Chivayo avait cependant toujours rejeté les accusations mettant en cause la légitimité de sa fortune ou ses relations avec le pouvoir. Pour ses soutiens, son parcours témoignait au contraire d’une réussite entrepreneuriale accompagnée d’une redistribution directe d’une partie de ses revenus à travers des actions philanthropiques.
Le dossier qui a le plus durablement associé le nom de Wicknell Chivayo aux affaires publiques reste celui de la centrale solaire de Gwanda.
En 2015, Intratrek Zimbabwe, l’entreprise dirigée par Chivayo, avait obtenu un contrat public d’environ 172 millions de dollars pour construire une centrale solaire d’une capacité de 100 mégawatts dans cette ville du sud-ouest du pays.
Le projet avait rapidement connu des retards et des difficultés financières. La compagnie publique d’électricité avait tenté de mettre fin au contrat, tandis que plusieurs années de contentieux avaient suivi le versement d’un important acompte. L’affaire avait alimenté les interrogations sur la gestion des marchés publics et sur les conditions dans lesquelles certaines entreprises obtenaient des contrats de l’État.
En 2023, la Cour suprême zimbabwéenne avait confirmé la validité du contrat. Le dossier avait connu un nouveau développement en septembre 2026, lorsque le gouvernement avait ordonné la reprise effective des travaux, avec un délai de 24 mois pour achever le projet.
Chivayo avait parallèlement développé ses activités au-delà du Zimbabwe, notamment dans le domaine des infrastructures. Son nom avait été associé à des projets au Kenya, parmi lesquels l’expansion de l’aéroport international Jomo Kenyatta de Nairobi.
La carrière de l’homme d’affaires n’a pas été exempte de controverses judiciaires. Chivayo avait notamment fait l’objet d’une affaire de blanchiment d’argent en 2005 et avait été arrêté en 2018 dans le cadre d’accusations liées au détournement présumé d’un acompte versé dans le cadre du projet solaire de Gwanda.
Il avait contesté ces accusations. Cette dernière procédure avait finalement été classée plusieurs années plus tard, en 2023, après des retards dans la conduite des poursuites, selon les éléments rapportés à l’époque.
Au Zimbabwe, la personnalité de Chivayo suscitait donc des réactions très contrastées. Certains habitants de Harare ont rappelé, après l’annonce de sa mort, les aides qu’il aurait apportées à des familles, à des malades ou à des communautés religieuses.
« Il a aidé beaucoup de gens, il a acheté des maisons pour certaines personnes et a aidé celles qui avaient besoin d’une assistance médicale », a ainsi témoigné un habitant de la capitale.
Mais cette générosité spectaculaire faisait également l’objet de critiques. Certains estimaient que les sommes distribuées à titre individuel, parfois évaluées à plusieurs millions de dollars, auraient pu être consacrées à des besoins collectifs dans un pays confronté au chômage, aux difficultés du système de santé et aux pénuries de médicaments.
Le contraste entre l’affichage d’une immense richesse et les difficultés économiques quotidiennes d’une grande partie de la population constituait l’un des aspects les plus discutés de son image publique.
La mort de Wicknell Chivayo et de son épouse ouvre désormais une nouvelle période d’incertitude autour de ses activités. Au-delà de l’émotion suscitée par le décès des six occupants de l’hélicoptère, l’enquête devra déterminer ce qui s’est réellement passé lors du vol entre Gandami et Marondera.
Les autorités n’ont, à ce stade, avancé aucune cause officielle. Une défaillance mécanique, un problème lié aux conditions de vol, une erreur humaine ou tout autre facteur restent susceptibles d’être examinés par les enquêteurs.
L’identification des victimes constitue également une étape importante en raison de l’état des corps après l’incendie. Les analyses ADN doivent permettre aux autorités de confirmer formellement l’identité de toutes les personnes décédées.
Pour le Zimbabwe, la disparition de Chivayo représente aussi la fin brutale du parcours d’une personnalité qui avait réussi à occuper une place singulière à la croisée des affaires, des contrats publics, de la politique et de la philanthropie. Son nom reste associé au projet solaire de Gwanda, à ses relations avec les dirigeants africains et à une fortune largement exposée sur les réseaux sociaux.
L’avenir de ses entreprises, de ses investissements et des contrats encore en cours, notamment dans le secteur énergétique, devra désormais être déterminé par ses associés, sa famille et les autorités compétentes. Mais dans l’immédiat, c’est l’enquête sur le crash qui doit permettre d’établir les circonstances exactes de la disparition de l’homme d’affaires, de son épouse et des quatre autres personnes qui se trouvaient à bord.
