Afghanistan : deux ministres talibans poursuivis par la CPI pour crimes contre l’humanité

Afghanistan : deux ministres talibans poursuivis par la CPI pour crimes contre l’humanité

La Cour pénale internationale (CPI) a rendu publics lundi deux mandats d’arrêt visant deux hauts responsables talibans chargés de l’éducation en Afghanistan, les accusant de persécution fondée sur le genre, un crime contre l’humanité. Cette décision accentue la pression judiciaire internationale sur les autorités talibanes, accusées d’avoir instauré un système d’exclusion visant particulièrement les femmes et les filles.

Les mandats concernent Habibullah Agha, ministre de l’Éducation, et Neda Mohammad Nadeem, ministre de l’Enseignement supérieur. Ils avaient été délivrés sous scellé le 9 septembre 2025, quelques mois après les mandats visant le chef suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, et le président de leur Cour suprême, Abdul Hakim Haqqani.

Selon la Chambre préliminaire de la CPI, il existe des « motifs raisonnables » de croire que les deux responsables sont pénalement responsables d’avoir ordonné, incité ou sollicité la commission de persécutions constitutives de crimes contre l’humanité. Les victimes présumées sont notamment les filles, les femmes et les personnes ne se conformant pas aux règles imposées par les talibans en matière de genre, d’identité ou d’expression de genre.

Les faits retenus par la Cour se seraient déroulés en Afghanistan depuis la prise de pouvoir des talibans, le 15 août 2021, et au moins jusqu’au 20 janvier 2025. Habibullah Agha et Neda Mohammad Nadeem occupent une place centrale dans l’application de la politique qui interdit aux filles de poursuivre leur scolarité au-delà de l’âge de 12 ans et empêche les femmes d’accéder à l’enseignement supérieur.

Une politique d’exclusion systématique

Pour la CPI, les deux ministres ont participé à la mise en œuvre d’une politique ayant entraîné de graves atteintes aux droits fondamentaux de la population civile. Les mesures prises par les autorités talibanes ont notamment restreint les libertés de circulation, d’expression, de pensée, de conscience et de religion des femmes et des filles.

La Cour évoque également des actes d’assassinat, d’emprisonnement, de torture, de viol et de disparition forcée dans le cadre plus large de la politique de répression attribuée aux autorités talibanes.

Depuis leur retour au pouvoir, les talibans ont progressivement réduit l’espace réservé aux femmes dans la société afghane. Elles sont largement exclues du marché du travail et de nombreux espaces publics, tandis que des restrictions sévères encadrent leurs déplacements et leur tenue vestimentaire. Dans plusieurs situations, elles doivent être accompagnées d’un proche parent masculin pour effectuer de longs déplacements.

L’interdiction de l’éducation constitue l’une des mesures les plus controversées. Les adolescentes et les femmes sont privées d’un accès normal à l’enseignement, avec des conséquences qui dépassent largement le domaine scolaire. Cette politique a notamment contribué à aggraver les difficultés du système de santé, les femmes ne pouvant plus suivre certaines formations médicales alors qu’elles représentent une part importante du personnel soignant.

La publication des mandats de la CPI intervient le même jour qu’une résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations unies condamnant la situation des femmes et des filles en Afghanistan.

Adoptée à l’unanimité par les 47 membres du Conseil, la résolution dénonce une oppression « grave, croissante, généralisée et systématique » des femmes et des filles sous l’autorité des talibans. Elle appelle les autorités afghanes à abroger les politiques et pratiques qui restreignent leurs droits fondamentaux, notamment l’accès à l’éducation, au travail, à la liberté de réunion et à la participation à la vie publique.

La décision de la CPI intervient ainsi dans un contexte de pression internationale accrue contre le régime taliban. L’exclusion des femmes de l’éducation et de nombreux secteurs de la société demeure l’un des principaux obstacles à l’amélioration des relations entre Kaboul et une grande partie de la communauté internationale.

En publiant ces deux mandats d’arrêt, la juridiction basée à La Haye étend donc à deux responsables directement impliqués dans la politique éducative talibane les poursuites engagées contre les dirigeants du régime. La CPI affirme ainsi vouloir établir les responsabilités individuelles derrière les mesures qui ont profondément restreint les droits des femmes et des filles en Afghanistan.

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