Europe : la colère sociale gagne l’Albanie, l’Italie et la Belgique dans le sillage de la France
Les mobilisations contre la vie chère, les difficultés du système éducatif et le manque de moyens accordés aux services publics prennent de l’ampleur en Europe. Le 17 octobre, l’Albanie, l’Italie et la Belgique ont connu d’importants rassemblements, dans un mouvement de contestation inspiré par la mobilisation française. Si la majorité des défilés se sont déroulés dans le calme, des affrontements avec les forces de l’ordre, des dégradations et des incendies ont été signalés dans plusieurs villes, révélant l’ampleur du mécontentement social.
La journée du 17 octobre 2026 marque une nouvelle étape dans la progression des mobilisations sociales européennes. En France, entre 550 000 et 800 000 personnes ont manifesté, selon les estimations rapportées, lors d’une journée de contestation partie d’un mouvement lycéen et progressivement élargie à d’autres catégories de la population. Cette dynamique a trouvé un écho dans plusieurs pays voisins, notamment en Albanie, en Italie et en Belgique, où des milliers de personnes sont descendues dans les rues ces derniers jours.
À l’origine de cette vague de contestation, les revendications de la jeunesse portent principalement sur l’amélioration des conditions d’études, le financement de l’enseignement et les perspectives d’avenir. Elles se sont progressivement étendues aux préoccupations d’une partie plus large de la société, confrontée à la hausse du coût de la vie et à la dégradation du pouvoir d’achat. Les manifestants dénoncent également l’insuffisance des moyens consacrés aux services publics et l’inaction des gouvernements face à leurs difficultés quotidiennes.
En Albanie, la contestation a atteint son cinquième jour consécutif samedi. À Tirana, plusieurs centaines de personnes, dont certaines masquées, se sont rassemblées devant le ministère de l’Éducation avant que les actions ne s’étendent à différents quartiers de la capitale. Les manifestants réclament notamment la démission du Premier ministre Edi Rama et dénoncent les conditions d’enseignement ainsi que les frais d’inscription dans les universités.
Cette mobilisation s’inscrit dans une séquence de contestation antigouvernementale qui dure depuis plusieurs mois dans le pays des Balkans. Elle avait notamment été alimentée par un projet controversé de complexe touristique lié à la famille du président américain Donald Trump. Les revendications étudiantes se sont ainsi ajoutées à un mécontentement politique et social déjà installé.
La tension est montée d’un cran dans la capitale albanaise. Des manifestants ont lancé des pierres sur les forces de l’ordre et incendié des poubelles, utilisées pour ériger des barricades. Plusieurs bâtiments ont également été touchés par des incendies dans la soirée, notamment la Cour suprême, l’entrée de la Banque d’Albanie et des bureaux de poste.
Pour la première fois depuis le début des rassemblements, la police a fait usage de balles en caoutchouc, selon des journalistes de l’Agence France-Presse. Une manifestante a fait état de trois personnes soignées pour des blessures à la tête, à l’œil et à la jambe, apparemment provoquées par ces projectiles. La législation albanaise n’autorise leur utilisation lors de manifestations que dans des circonstances extrêmes.
En Italie, la journée de mobilisation a été marquée par une forte participation, à l’appel de la Confédération générale italienne du travail (CGIL). Son secrétaire général, Maurizio Landini, a annoncé plus de 100 000 manifestants à travers le pays. Les rassemblements ont exprimé un mécontentement nourri par les difficultés économiques et les revendications relatives aux services publics.
La ville de Milan a toutefois connu de violents incidents en marge des défilés. Sur la place du Duomo, des affrontements se sont prolongés pendant une grande partie de la nuit. Selon le quotidien italien La Repubblica, 40 personnes ont été hospitalisées et 60 personnes interpellées, parmi lesquelles de nombreux jeunes.
En Belgique, des rassemblements ont également eu lieu à Bruxelles et à Liège. Depuis le début du mois d’octobre, des lycéens se mobilisent dans plusieurs grandes villes pour protester notamment contre l’augmentation récente des frais d’inscription à l’université. À Bruxelles, des appels diffusés sur les réseaux sociaux ont attiré plusieurs centaines de personnes dès la matinée aux abords de la Gare centrale, sans qu’une autorisation préalable ait été demandée. Un défilé a ensuite été autorisé en direction de la Gare du Midi.
La situation s’est tendue en fin d’après-midi dans le centre de la capitale belge. Devant la Bourse, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des groupes de jeunes dont certains lançaient des projectiles, selon un journaliste de l’AFP. À Liège, les forces de l’ordre ont eu recours à un canon à eau pour disperser des manifestants dans un secteur du centre-ville déjà marqué par des violences et des dégradations une dizaine de jours auparavant.
La France demeure néanmoins le principal foyer de cette vague de contestation. Les manifestations du 17 octobre ont été marquées par des affrontements, des pillages et d’importantes dégradations dans plusieurs villes. À Limoges, la mairie a été incendiée, tandis que l’office de tourisme de Lyon a également été touché par un incendie. À Paris, les incidents ont entraîné de nombreuses interpellations. Les autorités locales ont fait état de 855 personnes arrêtées dans la capitale, un niveau présenté comme inédit.
L’ampleur de ces rassemblements rappelle la crise des Gilets jaunes de 2018-2019, dont la contestation avait également dépassé les revendications initiales pour s’étendre aux questions de pouvoir d’achat, d’inégalités et de représentation politique. La mobilisation actuelle se distingue toutefois par la place prise par les lycéens et les étudiants, dont les revendications servent de point de départ à une colère plus large.
