Macron à Riyad : une visite surprise sur fond de tensions sécuritaires et de crise sociale en France
Le président français Emmanuel Macron est arrivé mercredi 21 octobre à Riyad, dernière étape d’une tournée dans le Golfe marquée par les tensions militaires au Moyen-Orient, les inquiétudes sur les approvisionnements énergétiques et les critiques suscitées en France par son déplacement, maintenu malgré les violences survenues en marge des manifestations contre la vie chère. Cette visite, tenue secrète jusqu’au dernier moment pour des raisons de sécurité, constitue également un signal de soutien à l’Arabie saoudite, visée ces dernières semaines par une intensification des attaques revendiquées par les Houthis pro-iraniens.
L’avion présidentiel français s’est posé à l’aéroport de Riyad dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu. Emmanuel Macron est le premier chef d’État occidental à se rendre dans la capitale saoudienne depuis l’intensification, début octobre, des frappes des Houthis contre le royaume et la suspension des vols à l’aéroport de Riyad, le 10 octobre, à la suite d’une attaque meurtrière.
Avant cette étape saoudienne, le président français avait visité, depuis lundi, le Koweït, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Qatar. L’objectif affiché de cette tournée était notamment de sécuriser les approvisionnements français en diesel et en gaz dans une région devenue essentielle pour les marchés énergétiques mondiaux. Paris cherche ainsi à limiter les tensions sur les prix à la pompe, alors que le coût de la vie alimente la colère sociale dans l’Hexagone.
Au cours de son déplacement, Emmanuel Macron a obtenu des engagements portant sur la livraison de 200 000 tonnes de diesel par mois en provenance des Émirats arabes unis et de Bahreïn. L’Élysée a également annoncé une contribution saoudienne de 95 000 tonnes mensuelles pour octobre et novembre. Selon les chiffres communiqués par la présidence française, ces volumes représentent au total l’équivalent de plus de 10 % de la consommation mensuelle de diesel du pays.
Mais cette tournée intervient dans un climat politique intérieur délicat. Le maintien du déplacement présidentiel après les violences du week-end, survenues en marge des manifestations contre la vie chère, a suscité des critiques de responsables politiques de différents horizons. Certains dénoncent une défaillance du pouvoir et reprochent au chef de l’État de privilégier les engagements diplomatiques à l’étranger alors que la situation sociale demeure tendue en France. Une nouvelle journée de mobilisation est annoncée samedi.
Depuis Doha, Emmanuel Macron a défendu son choix, affirmant qu’il était « dans son rôle » en cherchant à sécuriser les approvisionnements énergétiques du pays et à contribuer à l’apaisement des marchés. « Il ne doit pas y avoir de fébrilité. La main ne doit pas trembler au sommet de l’État », a-t-il déclaré, assumant la poursuite de son programme malgré les critiques.
Au-delà des enjeux énergétiques, l’étape saoudienne revêt une dimension diplomatique et sécuritaire majeure. Emmanuel Macron doit rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane afin de manifester la solidarité française avec le royaume face aux attaques des Houthis. Selon l’Élysée, cette rencontre vise à réaffirmer le soutien de Paris à la sécurité de l’Arabie saoudite, dont les aéroports et les infrastructures énergétiques ont été pris pour cible à plusieurs reprises.
Depuis le début du mois, les autorités saoudiennes ont signalé une multiplication des menaces. Mardi, les forces du royaume ont annoncé avoir intercepté un missile balistique dirigé vers Riyad ainsi qu’un drone, après le déclenchement d’une alerte à la population. Ces incidents illustrent la pression croissante exercée sur les installations stratégiques saoudiennes.
Le nombre de visites étrangères dans le royaume est resté limité depuis l’aggravation de la situation. Outre Emmanuel Macron, seuls le président syrien Ahmed al-Chareh et le Premier ministre irakien Ali al-Zaïdi s’étaient rendus en Arabie saoudite depuis le début du mois d’octobre, selon les informations rapportées. Plusieurs rendez-vous internationaux ont également été annulés en raison des risques sécuritaires.
Paris avait déjà renforcé son dispositif dans la région. En septembre, Emmanuel Macron avait annoncé le déploiement de militaires, de radars et de systèmes de défense français destinés à protéger le site de Yanbu, un point névralgique du réseau énergétique saoudien. Le président français avait alors insisté sur le caractère strictement défensif de cette opération, affirmant que la France ne cherchait pas à s’engager directement dans le conflit opposant les Houthis aux autorités yéménites soutenues par Riyad.
« Nous sommes aux côtés de la sécurité et de la défense de l’Arabie saoudite », a-t-il déclaré mercredi, précisant que des effectifs et des moyens militaires français étaient déployés depuis huit jours. Cette présence traduit la volonté de Paris de protéger les infrastructures susceptibles de contribuer à la stabilité des approvisionnements énergétiques internationaux.
Lundi, les Houthis ont revendiqué une nouvelle attaque contre des installations du groupe pétrolier saoudien Aramco à Yanbu. Aucune confirmation saoudienne de cette opération n’avait toutefois été rapportée dans les informations disponibles.
L’intensification des attaques intervient alors que le conflit yéménite connaît une nouvelle escalade. Relancée en juillet, la guerre oppose depuis 2014 les Houthis aux forces gouvernementales soutenues par une coalition dirigée par Riyad. En septembre, les combattants pro-iraniens ont également progressé sur la côte yéménite de la mer Rouge, renforçant leur présence à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique pour le commerce maritime entre l’Europe et l’Asie.
Pour l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole brut, la sécurité de cette voie maritime est devenue d’autant plus importante que le détroit d’Ormuz, situé de l’autre côté de la péninsule Arabique, est verrouillé par l’Iran, selon les informations rapportées. La mer Rouge constitue ainsi un axe essentiel pour maintenir les exportations pétrolières du royaume et limiter les perturbations sur les marchés mondiaux.
La visite d’Emmanuel Macron répond à plusieurs impératifs : consolider les relations avec Riyad, soutenir la protection des infrastructures énergétiques et préserver les approvisionnements français dans une période de fortes tensions sur les marchés. Elle expose toutefois le président français à un dilemme politique, alors que les préoccupations liées au pouvoir d’achat et les critiques sur la gestion des violences continuent de peser sur la situation intérieure.
