Brésil : Lula arrache un quatrième mandat historique, la droite lui promet une cohabitation explosive

Brésil : Lula arrache un quatrième mandat historique, la droite lui promet une cohabitation explosive

Donné en difficulté après avoir terminé derrière son adversaire au premier tour, Luiz Inácio Lula da Silva a déjoué les pronostics en remportant un quatrième mandat présidentiel sans précédent. À 80 ans, l’ancien métallurgiste et syndicaliste signe un retour spectaculaire, porté par son bilan social et la crainte d’un retour en force de l’extrême droite. Mais derrière cette victoire se profile un défi autrement plus redoutable : gouverner un Brésil dont le Congrès n’a jamais été aussi conservateur depuis le rétablissement de la démocratie.

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a remporté dimanche 25 octobre un quatrième mandat présidentiel, selon les résultats annoncés par l’autorité électorale du pays. Cette victoire, acquise contre le sénateur Flávio Bolsonaro, fils aîné de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, constitue un retournement politique spectaculaire. Elle déjoue les pronostics et vient contrarier la progression des forces conservatrices observée ces dernières années en Amérique latine.

Figure incontournable de la gauche brésilienne et personnalité majeure de la politique latino-américaine, Lula a réussi à convaincre une partie de l’électorat de lui renouveler sa confiance, malgré l’usure du pouvoir, les controverses liées aux affaires de corruption qui ont marqué son parcours et les inquiétudes suscitées par le coût de la vie. Son adversaire, qui avait terminé en tête au premier tour, espérait mobiliser l’électorat conservateur et relancer le mouvement politique construit par son père.

Le résultat prend une dimension particulière au regard du parcours de Lula. Élu une première fois en 2002, puis réélu en 2006, il a dirigé le Brésil de 2003 à 2011 avant de connaître une chute brutale. Emprisonné entre 2018 et 2019 dans le cadre d’affaires de corruption, il a ensuite bénéficié de l’annulation de ses condamnations, ce qui lui a permis de retrouver ses droits politiques. En 2022, il avait déjà créé la surprise en battant Jair Bolsonaro. Quatre ans plus tard, il confirme sa capacité à revenir au premier plan, malgré les obstacles et les doutes sur son avenir politique.

« C’est un homme d’État, un géant », a déclaré la députée fédérale de gauche Erika Hilton à Reuters, alors qu’elle suivait le dépouillement des suffrages aux côtés du président à São Paulo.

Pour reconquérir les électeurs hésitants, Lula a largement misé sur son bilan social. Durant ses précédents mandats, ses politiques publiques avaient contribué à réduire la pauvreté et les inégalités, lui permettant de bâtir une solide popularité auprès des catégories les plus modestes. Pendant la campagne, il a promis de préserver les acquis sociaux et d’empêcher un retour aux politiques qu’il juge défavorables aux travailleurs et aux populations vulnérables.

Le président sortant a également averti qu’une victoire de Flávio Bolsonaro risquait de se traduire par une réduction des dépenses sociales et une remise en cause des avancées obtenues. Il a par ailleurs accusé son adversaire de risquer d’affaiblir la souveraineté nationale du Brésil au profit des intérêts américains, dans un contexte marqué par les efforts de l’administration de Donald Trump pour favoriser le retour des Bolsonaro au pouvoir.

Lula a ainsi cherché à présenter le scrutin comme un choix entre la préservation des droits sociaux et une rupture politique susceptible de remettre en cause plusieurs acquis. Cette stratégie a notamment reposé sur la défense du pouvoir d’achat, l’amélioration des conditions de vie et la promesse de nouvelles mesures en faveur des ménages.

Parmi ses engagements figurent la gratuité des transports publics à l’échelle nationale durant les week-ends, une mesure qui doit encore être soumise au Congrès, ainsi qu’une augmentation de 15 % de son principal programme d’aide sociale, dont la mise en œuvre est déjà engagée.

Le président a également défendu une réforme constitutionnelle présentée comme la plus importante réforme du travail au Brésil depuis plusieurs décennies. Adoptée avec un large soutien parlementaire, elle constitue l’un des principaux volets de son programme.

Cette offensive sociale n’a toutefois pas effacé toutes les critiques. Les scandales de corruption qui ont marqué les années précédentes ont durablement affecté l’image du Parti des travailleurs. La hausse des prix et les transformations profondes de la société brésilienne ont également contribué à éloigner une partie de l’électorat traditionnel de la gauche. Dans une économie où les plateformes numériques et le travail informel occupent une place croissante, Lula a dû affronter les interrogations sur sa capacité à comprendre les préoccupations d’une population dont les modes de vie ont profondément changé.

Selon Leonardo Barreto, cofondateur du cabinet de conseil Think Policy, une participation supérieure aux attentes a contribué à la victoire du président. Les électeurs auraient privilégié une option politique qu’ils connaissent, malgré ses limites, plutôt que de miser sur un changement dont les conséquences leur paraissaient incertaines.

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