Somalie : l’armée fédérale et les forces de l’ex-gouverneur Laftagareen s’affrontent aux portes de Baidoa
De violents affrontements ont éclaté lundi en périphérie de Baidoa, grande ville du Sud-Ouest somalien, opposant l’armée fédérale à des combattants loyaux à Abdiaziz Laftagareen, l’ancien dirigeant régional évincé en mars. Chaque camp revendique le contrôle de la zone, tandis que le bilan humain reste incertain.
Les échanges de tirs se sont produits dans la zone rurale de Burjeedka, aux abords de Baidoa, alors que les forces de sécurité somaliennes installaient de nouvelles positions défensives. Des habitants ont rapporté avoir entendu des tirs d’armes lourdes et des explosions pendant plus d’une heure, notamment le long de la route reliant Baidoa à Mogadiscio.
Le ministre de l’Information de l’État du Sud-Ouest, Nur Siidow Baaba, a présenté l’opération comme une offensive de « grande envergure » contre des « groupes terroristes », affirmant que les forces gouvernementales avançaient pour reprendre des zones récemment perdues.
Le commandant de l’armée somalienne Abdullahi Hassan a assuré avoir infligé de « lourdes pertes » à ses adversaires, tout en reconnaissant la mort de deux soldats gouvernementaux. À l’inverse, Hassan Abdulkadir Mohamed, commandant pro-Laftagareen, a affirmé que ses hommes avaient contraint les troupes fédérales à se replier vers Baidoa et que la zone contestée était désormais « sécurisée et sous notre contrôle ».
Aucun bilan indépendant n’a pu être établi dans l’immédiat. Cette nouvelle escalade intervient après la mort d’au moins trois combattants loyaux à Laftagareen, la semaine dernière, lors d’une frappe aérienne dans la région de Bakool.
Le conflit dépasse largement le cadre d’une simple bataille locale. Abdiaziz Laftagareen avait été écarté du pouvoir en mars par le gouvernement fédéral du président Hassan Sheikh Mohamud, après son opposition à une réforme constitutionnelle prolongeant notamment de quatre à cinq ans le mandat du chef de l’État fédéral.
Depuis, son camp tente de reconquérir l’État du Sud-Ouest et Baidoa, sa principale ville. Les tensions s’inscrivent dans une opposition plus large de plusieurs États fédérés — en particulier le Puntland et le Jubbaland — à ce qu’ils perçoivent comme une dérive centralisatrice de Mogadiscio.
Baidoa, située à environ 250 km de Mogadiscio, est un enjeu majeur : la ville abrite une importante population déplacée et constitue un nœud logistique du sud de la Somalie. Les combats répétés depuis fin septembre ont déjà aggravé les difficultés d’accès à l’aide humanitaire et alimenté les inquiétudes autour des quelque 700 000 déplacés présents dans la zone.
La poursuite des affrontements risque donc d’accentuer à la fois l’instabilité politique fédérale et la crise humanitaire dans le Sud-Ouest somalien.
