Pétrole : les espoirs diplomatiques font reculer les cours, malgré les tensions au Moyen-Orient
Les cours du pétrole ont reculé jeudi 29 octobre, effaçant une partie de leurs gains de la veille. Les perspectives d’une reprise des négociations entre Washington et Téhéran ont momentanément pris le dessus sur les craintes de perturbations de l’approvisionnement au Moyen-Orient, alors que les attaques des Houthis contre des infrastructures stratégiques et les risques pesant sur le détroit d’Ormuz continuent d’entretenir les tensions sur les marchés énergétiques.
Vers 9h22 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord reculait de 1,27 dollar, soit 1,1 %, à 114,05 dollars. Le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, cédait 1,51 dollar, soit 1,5 %, à 101,27 dollars. Ce repli intervient au lendemain d’une progression de 1,3 % du Brent et de 3 % du WTI, illustrant la sensibilité des marchés aux moindres signaux diplomatiques dans une région devenue déterminante pour la sécurité des approvisionnements mondiaux.
L’espoir d’une désescalade s’est notamment nourri des démarches entreprises par le vice-président américain, JD Vance, qui aurait adressé une lettre à Mohsen Rezaei, responsable iranien cité dans un article du Wall Street Journal, dans le cadre d’une tentative de relance des négociations. Parallèlement, des médiateurs qataris ont soumis à Téhéran un nouveau projet d’accord destiné à mettre fin à la guerre impliquant les États-Unis et Israël. Un haut responsable iranien a toutefois rejeté cette initiative, estimant qu’elle reposait sur des propositions inacceptables et ne constituait pas une véritable offre.
Téhéran affirme néanmoins vouloir laisser une chance à la diplomatie. Le chef de la diplomatie iranienne a également évoqué la possibilité de mettre en œuvre son propre plan en sept jours en moins d’une semaine, à condition que celui-ci soit adopté. Ces déclarations entretiennent l’espoir d’une issue négociée, sans pour autant dissiper les incertitudes sur les intentions des différentes parties.
Pour les marchés, cette perspective constitue un facteur de détente, mais elle demeure particulièrement précaire. « Les prix du pétrole sont sous pression aujourd’hui dans un contexte de nouveaux efforts diplomatiques visant à désamorcer le conflit au Moyen-Orient », a expliqué Giovanni Staunovo, analyste chez UBS. La réaction des cours traduit ainsi moins un retour à la normale qu’un ajustement des anticipations des investisseurs, qui cherchent à mesurer la probabilité d’une désescalade et ses conséquences sur les flux pétroliers.
Les tensions militaires continuent cependant de menacer les approvisionnements. La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a annoncé avoir intercepté un missile balistique tiré par les Houthis en direction de la province orientale du royaume. Cette nouvelle attaque intervient dans un contexte d’intensification des opérations du mouvement yéménite, allié de l’Iran, contre des cibles saoudiennes et régionales.
Les forces gouvernementales yéménites ont également fait état d’une attaque des Houthis contre l’aéroport d’Aden. La veille, le mouvement avait revendiqué une attaque contre la raffinerie de Ras Tanura, l’un des principaux complexes pétroliers saoudiens. La multiplication de ces opérations ravive les inquiétudes concernant la sécurité des infrastructures énergétiques du royaume, deuxième producteur mondial de pétrole brut derrière les États-Unis selon les données citées dans le reportage.
Autre point de tension, le détroit d’Ormuz reste exposé à une aggravation des risques maritimes. Les Gardiens de la révolution iraniens ont affirmé que trois pétroliers avaient heurté des mines, explosé et pris feu alors qu’ils tentaient d’emprunter une route qu’ils qualifient de non autorisée au sud du détroit, au cours des dernières 24 heures. Ces déclarations, qui nécessitent une confirmation indépendante, soulignent les dangers auxquels sont confrontés les navires dans cette zone stratégique, par laquelle transite une part essentielle du commerce mondial de pétrole.
Une perturbation prolongée dans ce passage maritime pourrait provoquer une nouvelle flambée des cours, même si les perspectives diplomatiques continuent, pour l’heure, de limiter les pressions haussières. L’équilibre du marché reste donc suspendu à deux évolutions contradictoires : les tentatives de règlement politique du conflit et le risque de nouvelles attaques contre les infrastructures ou les routes d’exportation.
Les perspectives de reprise de la production russe contribuent également à contenir les prix. Selon les analystes de JPMorgan, l’absence de nouvelles attaques confirmées contre les infrastructures de raffinage russes depuis celle du 15 octobre contre la raffinerie de Riazan a permis aux installations de reprendre une partie de leur activité. La production des raffineries aurait ainsi augmenté de 350 000 barils par jour la semaine dernière, pour atteindre quatre millions de barils par jour.
Cette reprise pourrait favoriser une amélioration de l’offre de produits pétroliers, notamment de diesel, et atténuer certaines tensions sur les marchés internationaux. Elle reste toutefois susceptible d’évoluer en fonction de la situation sécuritaire en Russie et de l’ampleur d’éventuelles nouvelles attaques.
Aux États-Unis, les dernières données sur les stocks de brut ont, en revanche, révélé un resserrement plus important que prévu. L’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) a annoncé un recul de 1,9 million de barils des réserves commerciales de pétrole brut au cours de la semaine achevée le 23 octobre. Les analystes interrogés par Reuters anticipaient, à l’inverse, une légère hausse de 15 000 barils.
Les stocks d’essence ont cependant augmenté de 3,9 millions de barils, alors que les prévisions tablaient sur une diminution de 900 000 barils. Ces évolutions contrastées témoignent d’un marché américain soumis à des signaux contradictoires, entre diminution des réserves de brut et progression des stocks de produits raffinés.
Au final, le recul enregistré jeudi ne suffit pas à écarter le risque d’une nouvelle poussée des cours. Tant que les négociations entre Washington et Téhéran ne déboucheront pas sur des avancées concrètes et que les menaces contre les infrastructures pétrolières et le trafic maritime persisteront, la détente pourrait rester limitée. Avec un Brent encore supérieur à 114 dollars le baril et un WTI au-dessus de 101 dollars, le marché demeure sous tension, partagé entre l’espoir d’un compromis diplomatique et la crainte d’une aggravation du conflit.
