Tchad : 72 militaires blessés au Tibesti, l’État défié sur fond de guerre pour l’or
Les affrontements entre l’armée tchadienne et le Comité d’autodéfense de Miski se poursuivent dans le Tibesti, dans le nord du pays, révélant une nouvelle fois les difficultés de N’Djamena à imposer son autorité sur une région stratégique, convoitée pour ses importantes réserves aurifères. Au moins 72 militaires blessés ont été transférés ces derniers jours vers l’hôpital militaire de la capitale, selon une source sécuritaire citée par l’AFP. Un bilan qui témoigne de l’intensité des combats engagés depuis le 14 octobre et de la persistance d’un conflit que les accords conclus avec les autorités tchadiennes n’ont pas réussi à éteindre.
Dans cette province montagneuse et désertique, située aux confins de la Libye et du Niger, l’or est devenu un enjeu de pouvoir autant qu’une source de richesse. Depuis des décennies, les sites aurifères attirent des milliers d’orpailleurs clandestins, venus du Tchad, du Soudan et d’autres pays africains, mais aussi des forces de sécurité et des acteurs locaux qui se disputent le contrôle des ressources du sous-sol. Derrière les affrontements se dessine ainsi une lutte pour la maîtrise d’un territoire où l’autorité de l’État demeure contestée.
À Miski, localité située à environ 200 kilomètres de Bardaï, chef-lieu du Tibesti, le Comité d’autodéfense affirme conserver le contrôle de la zone. Son porte-parole, Ahmet Molikini, assure que l’armée a subi d’importantes pertes humaines et matérielles. Ces déclarations n’ont toutefois pas pu être confirmées de manière indépendante. Le gouvernement tchadien, de son côté, n’avait pas communiqué officiellement sur les événements au moment des informations rapportées par l’AFP.
Le nouvel embrasement trouve son origine dans les tensions autour des activités minières. Le 14 octobre, deux membres de la Brigade minière, une unité de sécurité relevant du ministère des Mines, ont été tués et neuf autres blessés lors d’une attaque attribuée au Comité d’autodéfense. Ce dernier accuse les agents de la Brigade d’avoir relancé l’exploitation aurifère et imposé des prélèvements aux orpailleurs, en violation de l’accord de paix conclu en 2025.
Cet accord prévoyait pourtant une amnistie générale pour les membres des forces tchadiennes de défense et de sécurité ainsi que pour ceux du Comité ayant participé aux affrontements de 2019 et 2020. Il imposait également l’annulation des permis miniers et la suspension des activités d’exploitation à Miski et dans ses environs, dans l’attente de conclusions d’études cartographiques. Mais entre les engagements officiels et leur application sur le terrain, le fossé demeure considérable.
La semaine dernière, quatre personnes soupçonnées d’avoir participé à l’attaque du 14 octobre ont été interpellées, selon un responsable militaire cité par la télévision tchadienne. Ces arrestations n’ont pas empêché la poursuite des combats. Le Comité d’autodéfense appelle désormais à la démilitarisation de Miski et à la reprise du dialogue, tout en affirmant déplorer les pertes humaines dans les deux camps.
Un précédent accord, signé en 2019 sous la présidence d’Idriss Déby Itno, père de l’actuel chef de l’État Mahamat Idriss Déby, n’avait déjà jamais été appliqué. La répétition de ces engagements suivis de nouvelles violences souligne l’impasse dans laquelle s’enlise la gestion de cette région aurifère.
Pour N’Djamena, le défi dépasse désormais la seule question sécuritaire. Il s’agit de rétablir son autorité sans raviver un conflit local nourri par la compétition autour des ressources minières. Tant que les règles d’exploitation, le contrôle du territoire et les engagements de paix resteront contestés, le Tibesti risque de demeurer un foyer de confrontation où la richesse de l’or alimente davantage les rivalités qu’elle ne contribue à stabiliser la région.
