Iran : menace une riposte sans limites en cas d’attaque et entend dicter les conditions de la fin de la guerre
Le ton monte dangereusement entre Téhéran, Washington et Tel-Aviv. Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a adressé samedi un avertissement particulièrement ferme aux États-Unis et à Israël, affirmant que l’Iran serait désormais seul à déterminer le moment et les conditions de la cessation des hostilités en cas de reprise des opérations militaires. En ordonnant aux forces armées de préparer une riposte immédiate, sans restriction géographique, et d’élargir leurs listes de cibles aux moyens américains et israéliens, le dirigeant iranien laisse entrevoir une confrontation susceptible de dépasser largement les limites du précédent affrontement. Cette démonstration de fermeté intervient alors que les médiateurs qataris tentent parallèlement de relancer les discussions entre Téhéran et Washington pour éviter une nouvelle escalade.
Réuni avec de hauts responsables militaires, Mojtaba Khamenei a transmis d’importantes directives stratégiques visant à renforcer les capacités de dissuasion de la République islamique. Selon un communiqué diffusé par la télévision publique iranienne IRIB, il a affirmé que si l’ennemi lançait de nouvelles attaques militaires ou terroristes, « ce sont les forces armées de la République islamique et la nation iranienne qui détermineront le temps et les conditions de leur cessation ». Le guide suprême a également exigé une réponse « immédiate et efficace, sans restriction géographique », à toute menace potentielle.
La portée de ces instructions ne se limite pas à une posture défensive. Khamenei a demandé la mise à jour des listes de cibles afin que l’ensemble des moyens américains et israéliens soient à portée des forces iraniennes. Une orientation qui traduit la volonté de Téhéran de disposer d’un éventail de ripostes dépassant le seul territoire iranien et susceptible de concerner les intérêts militaires de Washington et de Tel-Aviv dans l’ensemble de la région.
Le porte-parole de l’armée iranienne, Mohammad Akraminia, avait déjà durci le discours quelques heures auparavant. Il a prévenu qu’une nouvelle aventure militaire du président américain Donald Trump aux côtés d’Israël entraînerait un élargissement considérable du conflit. Selon lui, les forces iraniennes étendraient leur champ d’action si Washington et Tel-Aviv reprenaient leurs opérations. Cette menace intervient dans un climat où les responsables iraniens multiplient les avertissements contre toute tentative de relancer les hostilités.
Malgré cette surenchère militaire, les canaux diplomatiques ne sont pas rompus. Des responsables qataris ont mené vendredi des discussions approfondies à Téhéran, avec de nouveaux échanges prévus samedi, dans le but de réactiver les négociations entre l’Iran et les États-Unis. Une lettre du vice-président américain JD Vance, adressée à Téhéran et apparemment destinée à Mohsen Rezaei, figure centrale du dispositif stratégique iranien, s’inscrit également dans cette séquence diplomatique.
Les détails du courrier n’ont pas été officiellement dévoilés. Les informations disponibles indiquent néanmoins que Washington aurait demandé des engagements concernant le programme nucléaire iranien, notamment l’accès des inspecteurs internationaux et le devenir des stocks d’uranium hautement enrichi. Téhéran a déjà fait savoir qu’il ne souhaitait pas exporter ces réserves. Le président Donald Trump a, pour sa part, démenti avoir ordonné la reprise des négociations de paix, affirmant que la lettre concernait l’acheminement de fournitures médicales vers l’Iran.
Selon les médias iraniens, Téhéran propose de rouvrir le détroit d’Ormuz dans les prochains jours en contrepartie d’un retour au mémorandum d’entente de juin. Ses exigences portent notamment sur la levée du blocus maritime américain visant ses ports, des dérogations aux sanctions pétrolières et une trêve dans les conflits régionaux, notamment au Liban, où les forces israéliennes continuent d’occuper le sud du pays.
À Téhéran, certaines voix proches du pouvoir continuent toutefois de défendre la poursuite des discussions. Le quotidien Jomhouri-e Eslami a estimé que les perspectives d’un accord avec Washington restaient limitées, tout en appelant les autorités à ne pas fermer la porte aux initiatives diplomatiques. « Nous ne devons pas laisser la guerre être acceptée comme le destin inéluctable de l’Iran », souligne le journal.
Les avertissements iraniens suscitent également des interrogations aux États-Unis sur les conséquences d’une nouvelle campagne militaire. Le sénateur démocrate Chris Murphy a indiqué avoir rencontré de hauts responsables pour examiner les scénarios d’une opération américaine courte et intense en cas de reprise de la guerre. Il a dénoncé un projet susceptible, selon lui, de provoquer une escalade dévastatrice et de fragiliser davantage l’engagement américain envers l’État de droit.
Eric Brewer, vice-président adjoint du programme de sécurité nucléaire de l’Initiative contre la menace nucléaire, estime pour sa part que des frappes aériennes de grande ampleur ne garantiraient pas l’élimination des capacités nucléaires iraniennes restantes. Il considère également que des attaques contre les infrastructures énergétiques ne suffiraient pas nécessairement à contraindre Téhéran à accepter les exigences américaines. Une nouvelle offensive pourrait, au contraire, entraîner des représailles dans l’ensemble de la région et prolonger considérablement les hostilités.
Entre les préparatifs militaires, les menaces visant les intérêts américains et israéliens, les tensions persistantes autour d’Ormuz et les exigences contradictoires sur le dossier nucléaire, la marge de manœuvre diplomatique demeure étroite. Mojtaba Khamenei entend afficher une ligne de fermeté et prévenir Washington et Tel-Aviv qu’une nouvelle attaque ne se déroulerait pas selon leurs propres conditions. Mais alors que les médiateurs tentent encore de préserver une issue négociée, le risque d’une confrontation élargie reste au cœur des préoccupations régionales.
