Limogeage surprise du gouverneur de la Banque d’Algérie : Tebboune tape du poing sur la table, mais à quel prix pour les Algériens ?
Le 4 janvier 2026, en ce début d’année qui s’annonçait sous le signe de la croissance économique (avec un PIB prévu en hausse de plus de 15 % d’ici 2028), le président Abdelmadjid Tebboune a brutalement mis fin aux fonctions de Salah Eddine Taleb, gouverneur de la Banque d’Algérie depuis mai 2022. À sa place, le vice-gouverneur Mouatassem Boudiaf est nommé intérimaire, sans plus de détails. Un communiqué laconique de la Présidence, aucune explication officielle : classique du pouvoir algérien, où les décisions tombent comme un couperet, sans débat ni transparence.
Mais creusons un peu. Ce limogeage n’arrive pas par hasard. Il intervient à peine quelques jours après une mesure controversée prise par la Banque d’Algérie fin décembre 2025 : l’interdiction quasi-totale des dépôts en espèces sur les comptes commerciaux. Désormais, les commerçants, artisans et petites entreprises doivent justifier chaque dépôt en cash comme une exception rarissime, sous peine de voir leurs opérations bloquées. Une période de transition d’un mois a été accordée, mais dès février 2026, c’est le scriptural obligatoire : virements, chèques uniquement. Objectif affiché ? Lutter contre le blanchiment et les flux informels.
Pourtant, cette politique rigoriste étouffe l’économie réelle ! En Algérie, où l’informel représente encore une part massive de l’activité (commerçants de quartier, marchés, petits entrepreneurs), imposer un tel carcan bureaucratique revient à stranguler des millions d’Algériens qui vivent du cash au quotidien. Comment un vendeur de fruits au marché peut-il soudainement exiger des chèques de ses clients ? Comment une petite entreprise, déjà plombée par l’inflation et les lourdeurs administratives, va-t-elle survivre à cette traque obsessionnelle de l’argent liquide ?
Le président Tebboune, qui n’a cessé de répéter son mantra du « respect dû au peuple algérien », semble avoir oublié ses propres paroles. Des sources proches du dossier, comme le journal La Patrie News, l’avaient d’ailleurs prédit : cette mesure brutale, imposée sans concertation réelle ni période d’adaptation suffisante, allait forcément provoquer une réaction au sommet. Taleb, technocrate expérimenté, paie-t-il pour avoir appliqué trop zélément une politique qui heurte le citoyen lambda ? Ou est-ce un signe que le pouvoir central veut reprendre la main sur une institution jugée trop indépendante ?
Ce remaniement surprise révèle les failles d’un système où les décisions économiques majeures sont prises en vase clos, loin des réalités du terrain. Pendant que l’on vante une croissance mirifique sur papier, on asphyxie l’économie informelle qui fait vivre des familles entières. Est-ce vraiment la voie vers la modernité, ou un autoritarisme déguisé en lutte anti-corruption ? Les Algériens, eux, risquent de payer la facture : plus de bureaucratie, moins de fluidité, et une banque centrale qui semble plus servir les directives du palais que la stabilité du quotidien.
Mouatassem Boudiaf, en intérim, aura-t-il les mains libres pour assouplir ces règles draconiennes ? Ou assisterons-nous à une poursuite de cette politique rigide ? Une chose est sûre : ce limogeage n’est pas anodin. Il sonne comme un avertissement à tous les hauts fonctionnaires : alignez-vous, ou partez. Au final, c’est le peuple qui trinque, une fois de plus.
