Légère baisse du brut malgré les tensions au Venezuela : le marché n’anticipe pas de perturbation immédiate
Les marchés pétroliers ont entamé la semaine du 6 janvier 2026 sur une note de repli modéré, traduisant une forme de sang-froid des investisseurs face à un enchaînement d’événements géopolitiques pourtant majeurs : la comparution du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores devant un tribunal fédéral à Manhattan, après leur arrestation par les forces américaines, puis la mise en place de Delcy Rodríguez comme présidente par intérim.
Contrairement aux réflexes habituels de surenchère spéculative observés lors de crises politiques affectant des pays producteurs, les cours du brut n’ont pas enregistré de flambée significative. En début de séance lundi, le Brent de la mer du Nord, pour livraison en mars, s’échangeait autour de 60,40 dollars le baril, en recul d’environ 1 %. De son côté, le West Texas Intermediate (WTI) évoluait près de 58,30 dollars, affichant une baisse légèrement plus marquée, de l’ordre de 1,2 %.
Cette réaction mesurée des marchés révèle une lecture pragmatique de la situation. Les opérateurs n’ont pas considéré cette séquence judiciaire et politique comme un risque immédiat de rupture de l’offre mondiale. À ce stade, aucune perturbation physique des flux pétroliers n’a été observée, et les infrastructures de production et d’exportation vénézuéliennes continuent de fonctionner à des niveaux déjà contraints.
Les investisseurs privilégient ainsi une phase d’observation, dans l’attente de signaux clairs émanant à la fois de Washington et des nouvelles autorités de Caracas, notamment concernant l’évolution du régime des sanctions, les modalités de gouvernance transitoire et les orientations de la politique énergétique à venir.
Le paradoxe vénézuélien demeure intact. Le pays détient les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, estimées à plus de 300 milliards de barils, mais sa production reste limitée à environ 1 million de barils par jour, bien en deçà de son potentiel historique. Des années de sanctions internationales, de sous-investissement chronique et de mauvaise gestion ont profondément dégradé les capacités opérationnelles du secteur.
Les États-Unis ont évoqué une prise de contrôle temporaire des affaires vénézuéliennes, accompagnée de déclarations suggérant une exploitation encadrée des ressources pétrolières, potentiellement destinée à l’exportation vers des pays tiers. De son côté, Delcy Rodríguez, investie par la Cour suprême vénézuélienne, a dénoncé un « kidnapping » tout en affichant une ouverture conditionnelle au dialogue, illustrant une posture à la fois défiante et tactique.
Pour les marchés, la question centrale n’est plus celle de l’abondance théorique des réserves, mais bien celle de la fluidité réelle de l’approvisionnement international. Le brut vénézuélien passe ainsi du statut d’« offre marginalisée » à celui d’« offre potentiellement variable », alimentant des analyses divergentes sur la future structure de l’offre et de la demande.
L’impact sur les prix dépendra moins de l’événement politique en lui-même que d’une éventuelle modification concrète des flux physiques, notamment à travers un assouplissement ciblé des sanctions ou une reprise progressive des exportations sous supervision internationale.
Cette crise intervient dans un environnement macroéconomique défavorable à toute dynamique haussière durable : demande mondiale atone, niveaux de stocks élevés et offre abondante, l’OPEP+ maintenant pour l’heure une politique de production stable. Ces facteurs structurels neutralisent largement les primes de risque géopolitique, limitant le potentiel haussier tout en soutenant un plancher relatif des prix.
