Rencontre Ségolène Royal – Lotfi Boudjemaa : un cliché officiel qui cache le silence sur l’affaire Gleizes
Dans un contexte où la presse algérienne officielle se contente souvent de relayer les communiqués sans profondeur ni mise en perspective critique, l’Agence Presse Service (APS) a annoncé jeudi la réception par le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, de Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie. Cette rencontre, survenue à Alger à la demande de l’ancienne ministre française, s’inscrit en marge de sa visite dans le pays. Au sortir de l’entretien tenu au siège du ministère, Mme Royal s’est exprimée sur les antennes de la Télévision algérienne en ces termes : elle a sollicité et obtenu l’autorisation de rendre visite à Christophe Gleizes, journaliste français incarcéré, et compte effectuer cette visite vendredi à l’établissement pénitentiaire où il est détenu.
Cette déclaration, relayée sans filtre par la télévision publique, contraste avec le traitement minimaliste réservé par les médias locaux à l’affaire Gleizes depuis son arrestation en mai 2024 puis sa condamnation à sept ans de prison ferme en juin 2025 pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national », peine confirmée en appel en décembre 2025. Le journaliste sportif, collaborateur de revues françaises spécialisées, avait été interpellé lors d’un reportage sur la Jeunesse sportive de Kabylie, club phare de Tizi Ouzou, dans une enquête liée notamment au décès mystérieux d’un footballeur camerounais.
Si les autorités algériennes ont accordé cette autorisation exceptionnelle – une première pour une personnalité de ce rang depuis le début de la détention –, la communication officielle reste muette sur les conditions de détention, qualifiées de « difficiles » par la famille du journaliste, ou sur les accusations jugées infondées par des organisations comme Reporters sans frontières. La presse algérienne, souvent alignée sur le discours sécuritaire du pouvoir, évite soigneusement d’évoquer les soupçons de motivations politiques derrière cette condamnation lourde, qui intervient dans un climat de relations franco-algériennes encore marquées par des tensions persistantes.
Cette visite de Ségolène Royal, qui intervient alors que des mobilisations de soutien se multiplient en France – dont un concert au Bataclan –, pourrait-elle ouvrir une brèche diplomatique ou humanitaire ? Les autorités algériennes, en autorisant l’accès, envoient un signal ambigu : geste d’ouverture ou simple mesure de gestion d’image face à une affaire qui continue de peser sur les échanges bilatéraux ? Pour l’heure, le silence assourdissant des médias locaux sur le fond du dossier rappelle une fois de plus les limites d’une information publique qui préfère l’écho des communiqués à l’exercice d’un vrai débat critique.
