Dossier Epstein : Les liaisons dangereuses de l’ex-ministre Abdeslam Bouchouareb

Dossier Epstein : Les liaisons dangereuses de l’ex-ministre Abdeslam Bouchouareb

Les révélations des archives Epstein, déclassifiées en masse début 2026 par le département de la Justice américain dans le cadre de l’Epstein Files Transparency Act, continuent de faire des vagues au Maghreb. Parmi les noms qui émergent des quelque trois millions de pages rendues publiques, celui de l’ancien ministre algérien de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, apparaît dans plusieurs échanges et notes logistiques du réseau du financier déchu Jeffrey Epstein, entre 2015 et 2017.

Selon des courriels et documents issus de la FOIA Library du DOJ, cités notamment dans des discussions publiques et analyses en ligne, Bouchouareb aurait bénéficié des services d’une collaboratrice clé d’Epstein : Mariya Prusakova. Cette dernière, mentionnée plus de 200 fois dans les dossiers pour son rôle présumé dans le recrutement et la coordination de jeunes femmes en Europe au profit du cercle Epstein, est décrite comme ayant agi en tant qu’« assistante personnelle » pour l’ex-ministre lors de deux sommets économiques — l’un à Istanbul, l’autre à Moscou.

Les échanges électroniques entre Prusakova et Epstein évoquent son intervention pour organiser des prestations privées et des loisirs discrets durant ces déplacements officiels ou semi-officiels de Bouchouareb. Si les documents ne détaillent pas explicitement la nature de ces arrangements, des commentateurs et sources judiciaires les associent à une stratégie plus large d’influence par la « compromission douce » ou la satisfaction de besoins personnels, dans un contexte où la discrétion était totale. Prusakova aurait même fait appel à une collaboratrice supplémentaire, Olga Smeshlivaya (surnommée « Smeshlivaya » dans d’autres volets algériens des archives), pour appuyer ces opérations.

Pour Abdeslam Bouchouareb, ces éléments s’ajoutent à un lourd dossier judiciaire. Ancien ministre sous la présidence Bouteflika (2014-2017) et dirigeant du RND, il a fui l’Algérie et vit en France depuis 2019. La justice algérienne l’a condamné à plusieurs reprises — notamment à 20 ans de prison dans l’affaire des usines automobiles (SOVAC) et à des peines cumulées atteignant environ 100 ans pour corruption, trafic d’influence, abus de pouvoir et blanchiment d’argent. Il figure également dans les Panama Papers pour des comptes offshore illégaux en Suisse. La France a refusé à plusieurs reprises son extradition, le parquet estimant les demandes algériennes insuffisamment motivées ou contraires aux garanties procédurales.

Ces nouvelles révélations, issues de la déclassification massive de janvier 2026, jettent une lumière crue sur la porosité entre sphères officielles et réseaux opaques internationaux durant l’ère Bouteflika. Elles interrogent la vulnérabilité des responsables algériens de l’époque face à des mécanismes d’influence sophistiqués, où l’argent, le luxe et la compromission se mêlaient pour sécuriser faveurs et informations stratégiques. Pour l’heure, aucune charge pénale supplémentaire n’a été annoncée contre Bouchouareb aux États-Unis sur la base de ces seuls éléments.

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