Chute brutale des prix du pétrole : Brent sous les 68 dollars face à l’excédent d’offre et à une demande revue à la baisse
Le 13 février 2026, les marchés pétroliers ont connu une séance particulièrement lourde : les prix du brut ont plongé de plus de 2,7 %, effaçant les gains récents et confirmant une tendance baissière marquée depuis plusieurs semaines. Le baril de Brent, référence mondiale, a clôturé autour de 67,52 dollars (après une perte d’environ 1,88 dollar), tandis que le WTI américain s’est établi à 62,84 dollars (en recul de 1,79 dollar, soit -2,8 %). Ces niveaux, parmi les plus bas observés depuis plusieurs mois, traduisent les craintes grandissantes d’un marché structurellement surabondant.
Cette dégringolade s’explique avant tout par deux annonces majeures tombées quasi simultanément. D’abord, le rapport mensuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), r, a révisé à la baisse ses prévisions de croissance de la demande mondiale pour 2026. L’organisme basé à Paris table désormais sur une augmentation de seulement 850 000 barils par jour (bp/j), contre 930 000 bp/j anticipés le mois précédent. Cette correction de 80 000 bp/j, bien que modeste en apparence, envoie un signal fort : même si la demande reste positive, elle progresse beaucoup plus lentement que prévu, sous l’effet d’un contexte macroéconomique plus fragile, de la transition énergétique accélérée et des hausses de prix observées en début d’année qui ont freiné certains consommateurs.
L’AIE maintient son diagnostic d’un excédent d’offre massif pour 2026, estimé à plus de 3,7 millions de barils par jour en moyenne annuelle – un record historique. Cet excédent proviendrait principalement de la poursuite de la hausse de production hors OPEP+ (États-Unis, Brésil, Guyana, Canada, etc.), combinée à un assouplissement progressif des quotas OPEP+ et à la résilience inattendue de certaines exportations sous sanctions (Russie, Venezuela). Résultat : les stocks mondiaux, déjà en forte accumulation depuis 2025, devraient continuer de gonfler massivement, exerçant une pression permanente à la baisse sur les cours.
Le second coup dur est venu des stocks commerciaux de brut aux États-Unis, publiés par l’EIA (Energy Information Administration). Pour la semaine close le 6 février 2026, les réserves ont bondi de 8,5 millions de barils, atteignant 428,8 millions de barils – la plus forte hausse hebdomadaire depuis janvier 2025 et bien au-delà des attentes des analystes (+793 000 barils). Cette explosion des stocks signale une demande intérieure américaine plus faible que anticipé, malgré la reprise saisonnière post-tempête hivernale, et renforce l’impression d’un marché inondé.
À ces facteurs fondamentaux s’ajoute un apaisement géopolitique relatif. Les signaux de dialogue entre les États-Unis et l’Iran sur le dossier nucléaire – avec des déclarations indiquant que des négociations pourraient durer plusieurs semaines – ont fait refluer la prime de risque qui avait soutenu les prix en début de semaine. Les craintes d’escalade militaire au Moyen-Orient, qui avaient brièvement propulsé le Brent vers les 70 dollars, se sont estompées, laissant le champ libre aux considérations d’offre/demande.
Le marché s’oriente vers une deuxième semaine consécutive de repli, avec le Brent testant désormais la zone critique des 67 dollars et le WTI flirtant avec les 62-63 dollars. Les prévisions à moyen terme restent sombres : l’EIA anticipe un Brent moyen à 58 dollars en 2026 et 53 dollars en 2027, tandis que de nombreuses banques (JPMorgan, Goldman Sachs…) évoquent un risque de retour vers les 50 dollars si l’excédent se confirme et si la demande chinoise ou européenne déçoit.
Pour les producteurs, notamment les pays OPEP+ et les compagnies pétrolières indépendantes, cette phase de bas prix constitue un test sévère. Pour les consommateurs et les économies importatrices nettes (comme de nombreux pays européens ou asiatiques), elle offre un répit bienvenu sur la facture énergétique. Reste à savoir si cet excédent persistant marquera le début d’un nouveau cycle baissier durable, ou si des ajustements de production inattendus viendront inverser la tendance d’ici la fin du premier semestre 2026.
En attendant, le baril semble avoir perdu son élan haussier de début d’année, et les opérateurs scrutent désormais chaque nouveau chiffre de stocks, chaque déclaration de l’OPEP et chaque indicateur macroéconomique pour anticiper la suite.
