Y aura-t-il une révolution des ghilman et des prostituées en Algérie à cause de l’arrêt des vols avec les Émirats ?
La scène algérienne a connu, ces derniers jours, une vive tension après la décision des autorités et le pouvoir militaire d’engager, le samedi 7 février 2026, la procédure de dénonciation de l’accord bilatéral sur les services aériens conclu avec les Émirats arabes unis le 13 mai 2013 à Abou Dhabi, et ratifié par décret présidentiel le 30 décembre 2014. Cette mesure, unanimement perçue comme un geste politique pur et dur, vise à faire pression sur Abou Dhabi dans un climat de relations bilatérales déjà très tendues, mais elle a rapidement débordé du cadre diplomatique pour enflammer les réseaux sociaux et les milieux populaires.
La compagnie Emirates a réagi officiellement le 13 février 2026 en précisant que ses opérations se poursuivent normalement pour l’instant, mais que son dernier vol régulier programmé (vol EK757) quittera Alger le 3 février 2027, marquant ainsi la fin effective des liaisons directes Alger-Dubaï au terme du délai d’un an prévu par l’article 22 de l’accord. L’Autorité générale de l’aviation civile émiratie a insisté sur le maintien du statu quo pendant cette période de préavis, minimisant l’impact immédiat pour les voyageurs.
Ce qui se voulait une manœuvre géopolitique a pourtant déclenché une vague de colère sociale, notamment chez les jeunes femmes, qui ont lancé sur les réseaux la campagne « Manich radia » littéralement « Je ne suis pas satisfaite » ou « Je ne suis pas contente », un cri de révolte contre ce qu’ils dénoncent comme une nouvelle forme d’isolement et de privation économique. Des milliers de voix, surtout féminines, accusent le pouvoir de couper un axe vital pour les échanges familiaux, commerciaux et touristiques, et de saboter les moyens de subsistance de nombreuses familles qui dépendent des opportunités offertes par Dubaï ou Abou Dhabi.
Derrière les slogans droits-de-l’hommistes réclamant la liberté de circulation et l’ouverture de l’espace aérien, plusieurs observateurs locaux soulignent une réalité plus trouble : l’ampleur du mécontentement révélerait l’importance des liens économiques et sociaux tissés autour de réseaux d’activités illicites ou marginales. Des analyses médiatiques évoquent des filières organisées de traite et de prostitution transnationale, où Dubaï fait office de plaque tournante privilégiée pour des flux de femmes et de jeunes hommes algériens – parfois désignés par les termes crus de « ghilman » (jeunes garçons ou éphèbes dans un registre péjoratif ou archaïque) – sous couvert de voyages touristiques ou d’affaires. La fermeture progressive de cette voie aérienne directe frapperait donc, selon ces voix critiques, au cœur même de ces réseaux opaques qui profitaient des facilités antérieures.
Au lieu de mobiliser l’opinion autour d’une posture souverainiste face aux Émirats, la décision a retourné une partie de la population contre le régime, accusé de priver les citoyennes et citoyens de leurs vivres et d’aggraver leur isolement, en particulier celles et ceux qui voyaient dans le Golfe un refuge face à la précarité, un espace de gains rapides ou même un exutoire affectif et matériel. Ironie amère : ce qui se présentait comme un levier de pression sur Abou Dhabi s’est mué en boomerang populaire.
Reste à savoir si le pouvoir – que certains pamphlets virulents sur les réseaux qualifient de « la bande du travesti Tebboune » – pliera sous cette contestation multidimensionnelle ou s’obstinera dans une politique de « portes fermées », asphyxiant davantage les rares soupapes de respiration encore accessibles aux Algériennes et Algériens. Les semaines à venir révéleront si un recul est envisageable… ou si l’engrenage de l’isolement se poursuit sans frein.
