Malgré le gaz et le pétrole, les Algériens continuent de s’entretuer dans les files d’attente

Malgré le gaz et le pétrole, les Algériens continuent de s’entretuer dans les files d’attente

Pendant que les nations les plus avancées du monde se disputent les podiums de l’intelligence artificielle, de la conquête spatiale et de l’autosuffisance en nourriture, en eau et en puces de silicium, nous, Algériens du rente, formons une anomalie anthropologique qui inspire à la fois la sidération et la pitié. Nous consommons ce que nous ne produisons pas, nous portons ce que nous ne tissons pas, nous nous nourrissons des dons d’une nature qui, sans l’œil rapace de l’ancien colonisateur français, serait restée prisonnière des entrailles du Sahara. C’est en 1956, à Hassi Messaoud et à Edjelé, que les compagnies françaises ont percé le premier puits de pétrole : sans elles, ces richesses dormiraient encore sous le sable.

Le scandale qui déchire le cœur est pourtant bien plus récent. Nous dormons sur des mers de gaz et de pétrole, les coffres de la clique au pouvoir débordent de milliards de dollars, tandis que le citoyen ordinaire en est réduit à voler son voisin et à se battre pour les restes jetés par les généraux. C’est la malédiction des aïeux qui se conjugue à un échec politique chronique, incarné par une poignée de généraux du mal. Nous ne possédons pas une économie à la hauteur de nos richesses colossales : nous n’avons qu’une énorme tirelire que remplissent les puissances étrangères avec notre matière première et que vident les traîtres de l’intérieur dans des ventres de consommation insatiables et dans des projets fantômes qui ne font pousser ni blé ni avenir.

Regardons-nous dans le miroir, loin de toute illusion politique. Où en sommes-nous de la production ? Nous sommes devenus une société tragique. Nos villes – Alger, Oran, Constantine, Annaba, Béjaïa – sont noyées dans la prostitution à ciel ouvert, le vice sexuel, les ordures accumulées et les maladies contagieuses qui prolifèrent. Nous ne construisons pas des maisons destinées à défier les siècles : nous entassons du ciment n’importe comment. Sans la main-d’œuvre chinoise et africaine, nous camperions encore sous la tente et nous couvririons de la seule voûte céleste.

Notre enseignement s’est mué en usine à chômeurs incapables de penser, accros au sexe, à la déviance et aux stupéfiants. Quant à notre santé, elle est livrée à un médecin paresseux qui ne rêve que de fuir vers la France et à des hôpitaux qui ressemblent à des morgues ou à des maisons hantées.

Posons la question qui fâche : sans le pétrole et le gaz découverts par la France, la famine et la guerre civile ne seraient-elles pas notre lot quotidien ? La décennie noire, entre 1992 et 2002, avec ses cent cinquante mille à deux cent mille morts, a déjà apporté une réponse sanglante. L’argent ne suffit pas à acheter la paix sociale quand la justice et l’équité sociale ont disparu. Au lieu de transformer le pétrole en base industrielle et agricole solide, il est devenu une drogue qui nous a rendus paresseux et qui a fait de la rapine un métier presque réservé aux Algériens, ici comme à l’étranger.

L’absurdité administrative atteint son sommet dans un pays aux nappes souterraines abondantes – le Continental Intercalaire et le Complexe Terminal – où la soif persiste par pure bêtise gestionnaire. Continuer à jouer les consommateurs parasites qui attendent les miettes des généraux enrichis relève du suicide collectif. Les peuples qui ne mangent pas ce qu’ils cultivent sont condamnés à la dépendance et à l’humiliation.

Le pétrole finira par s’épuiser ou sera supplanté par les technologies de l’électricité et de l’énergie nucléaire propre. Il ne nous restera alors que des montagnes d’ordures et un passé de pillage et de vol qui nous accusera devant l’histoire. Nous n’avons besoin ni de liquidités faciles ni d’aides suspectes venues du Golfe. Nous avons besoin d’une révolution dans les consciences qui remette le travail à l’honneur, qui sacralise la production et qui balaie la pourriture des esprits avant de s’attaquer à celle des rues. Sinon, l’Algérie du rente ne sera bientôt plus qu’un souvenir amer dans les livres d’histoire.

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