L’Algérie veut exporter son modèle de l’entrepreneuriat au Niger : La diplomatie du vent et du népotisme
Dans une nouvelle scène tragicomique, la machine médiatique à la solde des casernes nous annonce une nouvelle d’une importance capitale : l’Algérie nouvelle s’apprête à transférer son expérience « pionnière » en matière de gestion des centres d’entrepreneuriat au Niger frère. Ce n’est pas une plaisanterie, mais une tentative désespérée de vendre du vent à nos voisins, après que le citoyen algérien en a été gavé jusqu’à l’écœurement.
Il semble que le concept de leadership dans le dictionnaire de nos généraux diffère totalement de celui enseigné à Harvard. Ici, le leadership consiste à transformer des budgets colossaux destinés à la jeunesse en comptes bancaires à l’étranger, et à muer les centres d’entrepreneuriat en bureaux de poste pour la réception de pots-de-vin et la distribution de privilèges aux « fils de untel », sous couvert d’encouragement à l’innovation. C’est cette expérience unique qui a appris au monde que l’entrepreneuriat ne nécessite pas d’études de marché ou d’idées novatrices, mais simplement un appui solide au ministère, un clin d’œil d’un général, et peut-être d’autres concessions inavouables dans l’obscurité des bureaux fermés. Là-bas, le marchandage des corps et les compromissions les plus viles sont devenus la monnaie d’échange pour obtenir un prêt ou le financement d’un projet qui ne verra jamais le jour.
Alors que les médias officiels s’enorgueillissent du succès de ces centres fictifs, la réalité crie une vérité amère : la grande majorité de ces projets n’a pas survécu plus d’un mois. Leurs propriétaires ont fini soit en prison, soit perdus dans les files d’attente d’un chômage institutionnalisé. Comment un État incapable de protéger ses propres petites entreprises de l’ogre du clientélisme peut-il donner des leçons aux autres ? Allons-nous enseigner au Niger comment vider le Trésor public au nom du soutien à la jeunesse et de la course aux armements ? Sans les cerveaux étrangers et les entreprises internationales qui gèrent les installations vitales dans les coulisses, le pays se débattrait aujourd’hui dans des ténèbres totales et nous vivrions une famine collective sans fin.
Le transfert de cette « expérience locale » au Niger n’est pas une coopération fraternelle, mais ressemble plutôt à la propagation d’une contagion de l’échec. C’est une tentative d’exporter le modèle de corruption organisée dans lequel le régime des généraux excelle, où les institutions se transforment en fiefs privés et l’ambition de la jeunesse en combustible pour le feu de l’avidité. Frères du Niger, si vous voyez arriver les experts des généraux avec leurs dossiers sur l’entrepreneuriat, fermez bien vos portes et surveillez vos poches. En Algérie, nous avons goûté à cette cuisine, et l’odeur qui s’en dégage suffit amplement à juger de sa qualité et de son goût immonde.
