STATUT — Algérie et GAFI : sortie « imminente » de la liste grise… ou encore un horizon incertain ?

STATUT — Algérie et GAFI : sortie « imminente » de la liste grise… ou encore un horizon incertain ?

On annonce, une nouvelle fois, une « sortie imminente » de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI). À cet égard, la réponse publique est bien rodée : « l’Algérie a passé le test », assure Mohamed Yahiaoui, président de la Chambre nationale des commissaires aux comptes.

Selon lui, le pays se trouverait à un tournant décisif de sa trajectoire en matière de transparence financière et de conformité aux standards internationaux. Il affirme que l’Algérie aurait franchi l’évaluation du GAFI et qu’il ne resterait désormais qu’une étape formelle avant une éventuelle sortie de la liste grise.

Cette annonce intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à consolider la crédibilité de son système financier, après plusieurs années de réformes ciblées sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. L’enjeu est loin d’être symbolique : sortir de la liste grise du GAFI signifie, en pratique, un allègement des contraintes de surveillance internationale, une amélioration de l’image financière du pays et un signal positif envoyé aux investisseurs étrangers.

le GAFI parle de « mise en œuvre substantielle », une expression technocratique, volontairement prudente, qui permet d’acter des progrès sans en trancher la profondeur réelle. Substantielle pour qui ? Pour les administrations centrales capables de produire rapports, circulaires et tableaux de conformité ? Ou pour l’économie réelle, celle des transactions fragmentées, des circuits informels et des intermédiations discrètes qui continuent d’irriguer une part significative des flux financiers ?

C’est précisément là que se loge le décalage le plus sensible : entre la conformité affichée et la réalité économique vécue.Former 700 auditeurs est présenté comme un jalon important — et cela l’est, en apparence. Mais une question demeure : que vaut une architecture de contrôle sans autonomie réelle ? La formation ne suffit pas à garantir l’indépendance. Encore faut-il que ces nouveaux acteurs puissent exercer leur mission sans pression hiérarchique, sans interférences locales et sans dépendance structurelle aux circuits qu’ils sont censés surveiller.

Or, dans de nombreux systèmes administratifs, la difficulté ne réside pas dans la compétence technique, mais dans la capacité à résister aux zones d’influence. C’est là que la « culture de conformité » devient un concept fragile : elle ne se décrète pas dans des séminaires, elle se construit dans la durée, à travers des garanties juridiques, des protections institutionnelles et une véritable capacité de sanction.

Malgré l’optimisme affiché, Mohamed Yahiaoui insiste sur un point essentiel : la décision finale appartient exclusivement au GAFI. Même si les indicateurs actuels sont jugés « très positifs », aucune date officielle de sortie de la liste grise ne peut être avancée à ce stade.

Cette prudence traduit la logique même du dispositif : le GAFI ne juge pas seulement l’arsenal juridique existant, mais sa capacité d’impact réel dans la durée. Autrement dit, la conformité ne se lit pas dans la qualité et la quantité des textes, mais dans leur application effective et durable.

la crédibilité d’un système financier ne se mesure pas à la qualité de ses rapports, mais à la réalité de ses pratiques. Autrement dit, la conformité ne se décrète pas — elle se prouve dans la durée, par la disparition des privilèges opaques et l’universalité effective de la règle. Sinon, la sortie de la liste grise ne serait qu’un changement de statut, pendant que les mécanismes, eux, continuent de fonctionner en parallèle.

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