En Nouvelle Algérie, quand le boycott des élections truquées se mue en haute trahison pour les généraux…

En Nouvelle Algérie, quand le boycott des élections truquées se mue en haute trahison pour les généraux…

Il est bien connu en sciences politiques que l’abstention électorale est un message politique éloquent, exprimant la méfiance du citoyen envers les partis, les programmes ou le processus tout entier. Dans tout lieu qui respecte la raison, le pouvoir analyse cette abstention et en recherche les causes. Mais dans le dictionnaire des généraux du mal, et par la voix de M. Saïd Sayoud, la chose est bien plus simple et ne nécessite aucune discussion : Vous n’avez pas voté ? Alors vous êtes un Algérien traître ! Les listes ne vous ont pas plu ? Alors vous êtes un agent d’un État étranger ! Vous avez aussi décidé de rester chez vous le jour du scrutin ? Félicitations, vous êtes devenu un « espion et un mercenaire » menaçant la sécurité nationale !

Cette logique surréaliste ne se contente pas de confisquer le droit de l’Algérien ordinaire à choisir, mais lui confisque même son droit de « s’asseoir sur son canapé », transformant le bulletin de vote d’un outil démocratique en un « certificat d’absolution » national. Celui qui ne le possède pas est un renégat, ingrat envers les bienfaits de l’Algérie. Et ce qui suscite l’amère ironie, c’est que cette violente attaque verbale intervient dans le contexte d’un environnement numérique chargé et surveillé jusqu’à l’obsession. Il ne s’agit plus seulement de discours d’accusation de trahison, mais cela s’étend à des pratiques quotidiennes qui font que le citoyen réfléchit mille fois avant de cliquer sur son écran. Selon l’équation actuelle de la sécurité numérique, si vous cliquez accidentellement sur un bouton « J’aime » sur la page d’un opposant ou si un commentaire spontané dont vous n’avez pas mesuré les conséquences, il peut se transformer en un clin d’œil en une affaire d’« atteinte à l’unité nationale » ou de « démoralisation de l’armée », dont l’issue inévitable est des années de prison et de torture jusqu’à la mort dans les geôles politiques. Dans ce climat tendu, la menace d’accusation de trahison et de collaboration en raison du boycott des élections devient une extension naturelle de la politique de « nationalisation et de contrôle de l’espace bleu », où ce qui est demandé au citoyen n’est pas seulement de ne pas s’opposer, mais d’applaudir chaleureusement les « voleurs respectables » et les généraux assassins. Sinon, les accusations de collaboration et d’espionnage sont prêtes et « en conserve » dans le tiroir le plus proche du commissariat.

Le grand paradoxe de ces discours hystériques est qu’ils atteignent exactement l’opposé de leurs objectifs. Au lieu que l’accusation de trahison pousse les citoyens vers les urnes par peur ou par amour, elle creuse le fossé et prouve que le pouvoir qui craint le « bulletin blanc » ou la « chaise vide » est un pouvoir qui mesure parfaitement l’étendue de son isolement et de sa déconnexion du peuple opprimé. Car décrire le simple citoyen comme un traître et un collaborateur, simplement parce qu’il a décidé de ne pas participer à une « comédie » aux résultats connus, est une faillite politique et morale par excellence. Les peuples ne sont pas dirigés par l’insulte et la muselière, ni l’obéissance et la loyauté arrachées par l’intimidation et l’injustice. Et tant que le bouton « J’aime » effraie les généraux et terrifie l’efféminé Tebboune, le boycott populaire silencieux restera le cri le plus dérangeant et le plus bruyant pour eux.

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