Les services de renseignement algériens continuent de fabriquer des réalisations illusoires
À une époque où les réalisations sont concoctées dans les méandres des rapports secrets et distribuées comme des bonbons médiatiques, le peuple opprimé s’est réveillé face à une bombe numérique de gros calibre : un script anonyme mais de source connue, imprégné du parfum des services de renseignement militaires, nous annonçant une bonne nouvelle dont nous avons toujours rêvé. Algérie Télécom a été couronnée du prix du « meilleur et plus rapide réseau internet au monde ! », et ce, lors du Forum du Sommet Mondial sur la Société de l’Information (WSIS 2026) à Genève, en Suisse, en présence de Son Excellence le ministre Sid Ali Zerrouki, qui a reçu le prix, son sourire niais fendant son visage stupide.
Félicitations à nous ! Nous avons vaincu les entreprises de la Silicon Valley en Californie et dépassé celles de la Corée du Sud. Les ambitions d’OpenAI et de Google sont désormais d’apprendre de la génialité de nos câbles sous-marins, qui adorent se reposer et se déconnecter à la moindre brise en Méditerranée. Mais comme on dit en langue populaire : les youyous sont à Genève, et les lamentations dans les wilayas. Il semble que celui qui a concocté ce brillant script de renseignement ait oublié de faire une seule expérience de la réalité du réseau en Algérie, ou peut-être a-t-il utilisé par inadvertance l’internet d’Elon Musk. Car si nous faisions un tour géographique rapide sur la carte des télécommunications de notre pays, nous découvririons des choses étonnantes. Dans la région Est, les citoyens n’ont aucun lien avec Algérie Télécom ; en vertu de leur voisinage numérique, ils se tournent vers les réseaux de télécommunications tunisiens pour capter un véritable souffle de 4G, fuyant un réseau national qui leur rappelle la lenteur d’une tortue et l’époque de Barberousse le Conquérant. Quant à la région Ouest, les camarades là-bas jouissent d’une vie numérique confortable sous l’égide des réseaux internet de télécommunications du voisin occidental, où la connexion est stable et le téléchargement ne nécessite ni prière pour la pluie ni supplique de désespoir. Dans les autres wilayas sinistrées, le citoyen modeste vit un chemin de croix quotidien avec la Poste et les Télécommunications : un internet à la vitesse d’un escargot, des pages qui nécessitent une demi-heure de méditation et de contemplation pour s’ouvrir, et des vidéos en 240p qui coupent le souffle tant elles s’arrêtent.
Sur la base de cette réalisation historique, nous proposons à la direction du forum de Genève d’ajouter de nouveaux détails aux raisons de l’octroi de ce prix surréaliste à Algérie Télécom, notamment sa capacité exceptionnelle à entraîner le citoyen à la patience. Car l’internet chez nous n’est pas seulement un réseau, c’est une école spirituelle pour apprendre la patience, maîtriser sa colère, et endurer l’humiliation et l’oppression. N’oublions pas non plus la protection des yeux des modestes citoyens, car à cause de l’extrême lenteur du réseau, l’utilisateur s’ennuie et ferme son ordinateur, ce qui le protège des rayons bleus brûlants.
Tout le monde dans la République souffre de la dégradation des services, et il n’y a pas de différence entre une wilaya et une autre, si ce n’est par la distance sans fil par rapport au pylône (tour de couverture) le plus proche, défectueux et ancien. En conclusion, nous disons : bravo au ministre Zerrouki pour sa photo truquée à Genève, et bravo aux auteurs des scripts pour leur nouvelle victoire illusoire. Quant au citoyen spolié, il continuera à chercher le réseau sur les toits des maisons, ou à regarder vers l’Est et l’Ouest, espérant capter un signal d’outre-frontière qui lui rappellera que nous vivons bien en 2026, et non à l’ère numérique de la pierre !
