En République Bananière, vous êtes en état d’arrestation si vous osez vous plaindre du coût de la vie

En République Bananière, vous êtes en état d’arrestation si vous osez vous plaindre du coût de la vie

Bienvenue en République bananière, ou de la pomme, ou de n’importe quel fruit pourri que personne ne consommerait. Bienvenue dans notre terre maudite, dont les affaires sont gérées par une logique insensée et inversée, suscitant stupeur et consternation. Sous le règne des militaires, il semble que les appareils sécuritaires répressifs aient enfin résolu la plus grande énigme de l’univers, découvrant que le véritable danger menaçant la sécurité nationale, la sécurité alimentaire et même le trafic maritime n’est ni les bandes armées, ni les trafiquants de poison. Non, c’est ce pauvre « zouali » malheureux qui a soudainement décidé d’ouvrir la bouche pour parler de politique. Ou, plus grave encore, c’est ce père, criminel professionnel, qui a osé s’asseoir avec ses enfants sur la plage pour respirer un peu d’air, inhalant l’odeur pestilentielle des eaux usées mêlée à celle de la mer, tout en mangeant un repas de pattes de poulet frites!

L’histoire commence avec ces campagnes d’inspection prétendument victorieuses, menées par les appareils de la junte des généraux, pour appréhender les plus redoutables agresseurs. Ne vous fatiguez pas à penser aux descentes dans les repaires de drogue et de prostitution, ni à la traque des assassins et des corrompus. Ceux-là sont de braves gens qui sèment la corruption en toute quiétude et douceur, et ne dérangent pas le repos du veule Tebboune et de ses acolytes. La véritable héroïque se manifeste lorsque les forces, lourdement armées, prennent d’assaut un jardin public ou une plage tranquille pour emmener un père démuni ou une mère aimante, arrachés à leurs enfants sous le choc. Non pas pour un crime quelconque, mais parce qu’on les soupçonnait de se plaindre du prix de la pomme de terre, ou parce que le père expliquait à ses enfants le sens des mots liberté, honneur et dignité, des concepts totalement absents en Algérie. L’arrestation se fait avec une rigueur extrême et sans aucune pitié, comme si l’on venait de capturer un chef de mafia international opérant entre Oran et Marseille.

Pendant ce temps, le véritable criminel se contente de s’asseoir dans les cafés avoisinants, observant la scène avec un sourire de gratitude envers ces autorités veillant à son confort, et qui ont délaissé les vrais suspects pour consacrer leur temps à traquer les amateurs de farniente sur les plages et ceux qui aiment parler de l’état du pays et de ses citoyens. Dans ce cas, nous pouvons affirmer que ce régime militaire barbare a effectivement réussi à établir la sécurité, mais selon sa propre définition très particulière : une sécurité qui garantit que les trafiquants de drogue et les assassins déambulent dans les rues de la République, respirant à pleins poumons en toute tranquillité, tandis que le « zouali » désarmé y réfléchit à mille fois avant de profiter d’une brise marine sur la plage ou de se murmurer un mot à lui-même devant un miroir. C’est une mélodie sarcastique jouée sur les cordes de l’oppression, de l’injustice et des contradictions moqueuses. Mais l’histoire nous rappelle toujours que les régimes dictatoriaux, qui craignent un mot fugace ou une intime promenade en famille, ne craignent en réalité que leur propre ombre. Et que le trône, bâti sur la terreur du peuple et l’exploitation de son ignorance et de sa naïveté, n’est qu’un siège temporaire, bien plus fragile qu’une toile d’araignée.

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